Parcours d'entrepreneurs #2 / Raphaële Héliot / Hélène Séverin

Parcours d'entrepreneurs

Le grand saut. Après une expérience en entreprise, ils se sont lancés dans l'aventure de leur propre entreprise, personnelle ou/et collective.

Associés, entrepreneurs individuels ou autoentrepreneurs, depuis plusieurs années ou seulement quelques mois, leur entreprise, tous l'ont en revanche imaginée, créée, et ils nous livrent leurs retours.

Deuxième volet de nos interviews, aujourd'hui consacré aux entrepreneuses ! Raphaële Héliot, architecte, conseillère et médiatrice en architectures et villes durables, nous parlera de ses envies d'indépendance professionnelle, acquises de longue date. Quant à Hélène Séverin, autoentrepreneuse chargée d'études économiques aujourd'hui embauchée pour le CERC PACA, elle nous a confié, à l'été dernier, ses premiers retours sur sa jeune autoentreprise menée entre le printemps et l'automne 2016.

 

Raphaeleheliot

Raphaële Héliot

Architecte indépendante | conseillère et médiatrice en architectures et villes durables

Helène Séverin | chargée d'études économique, autoentrepreneuse

Hélène Séverin

Chargée d'études socio-économiques | autoentrepreneuse entre mars et septembre 2016

Entrepreneuses, vous l'êtes pourquoi ? Quelles ont été les motivations à votre création d'entreprise ? Y a-t-il eu un déclic ?

J’ai grandi dans un univers de personnes travailleurs indépendants, donc cette posture m’est familière. De plus, j’ai commencé à travailler avec mon mari à 23 ans pendant mes études, à domicile puisque le cabinet d’architecte était à la maison.

Avec un enfant en bas âge, travailler à la maison était un gros avantage.

Même si cette situation n’était pas totalement choisie, elle me convenait, et lorsqu'à 35 ans, j’ai choisi de quitter tout ça, j’ai été recrutée pour devenir salariée dans un CAUE. A la fin du CDD de 18 mois, j’étais contente de retrouver ma liberté.

Et chaque fois que j’ai été salariée, je me sentais « enfermée ».

Avec des idées et des projets plein la tête, et une capacité aux contacts et au réseau, j’avais besoin de pouvoir organiser mes journées et mon travail librement, et me créer un fil conducteur professionnel qui n’est répertorié nulle part.

Après un master en géographie du développement et un stage en agence d’urbanisme, j’ai rencontré, comme bon nombre de jeunes, de grandes difficultés à trouver un premier emploi. Trop diplômée, pas assez d’expérience, au chômage depuis pas assez longtemps pour bénéficier des contrats aidés…

Je suis clermontoise, mais j’ai fait mon master à Aix-Marseille. J’ai donc décidé de repartir m’installer à Marseille (mon carnet d’adresses pros étant plutôt situé là bas). Une fois sur place, j’ai revu mes anciens maîtres de stage, professeurs, et sur les conseils d’une chargée de développement d’un pôle de compétitivité, j’ai développé mon statut d'auto-entrepreneur dans l’espoir de me faire une première expérience. Et ça marche ! En deux semaines j’avais un premier contrat, et j’ai maintenant (deux mois seulement après ma première mission) plusieurs appels par semaine pour des missions ponctuelles.

Je suis chargée d’études économiques, l’avantage est que certaines études ne sont pas assez importantes pour embaucher une personne supplémentaire au sein des BE, c’est donc à ce moment là du processus que j’interviens.

Comment s'est créée et propulsée votre activité d'indépendante ? Choix anticipé ou non ?

C’était plutôt de l’ordre de l’évidence.

Pas du tout. À la base, je voulais faire une thèse CIFRE, mais je n’ai jamais trouvé. Après cela, j'ai cherché un travail, mais là aussi je n'ai rencontré que des difficultés. J’ai simplement suivi les conseils de personnes expérimentées, et ça a marché, j’ai eu beaucoup de chance.

 

Par quels chemins, obstacles, embûches êtes-vous passés, entre la création de votre entreprise et ce qu'elle est aujourd'hui ?

L’inscription administrative en France c’est toujours compliqué, ensuite, comme tous les indépendants, on est soumis à un régime général lourd en charges, qui sont calculées à n+1 ou n+2 et qui fragilisent la trésorerie. Quand le statut d’auto-entrepreneur est sorti, j’ai foncé, car ayant peu de frais de fonctionnement, et des années très irrégulières, ça me convient très bien.

Pour trouver des clients, me faire connaître et me former, j’ai passé beaucoup de temps à assister à des colloques, des AG associatives, faire du bénévolat, pour peu à peu définir à la fois mon champ d’action et avec qui je voulais travailler. Une période de chômage m’a servi de tremplin il y a 12 ans.

Parmi les difficultés, il y a les réponses aux appels d’offres, on se retrouve petit sous-traitant et parfois mal-traité. Pas facile non plus de trouver une équipe pour certains appels auxquels j’aimerais répondre.

Le fait de débuter en auto-entreprise sans expérience me rendait moins crédible évidemment. J’ai eu la chance de faire une étude complète lors de mon stage de master 2, j’avais donc des documents à l’appui à proposer à mes clients. Finalement, aujourd’hui, mon activité marche surtout par le bouche à oreille. De plus, être chargée d’études c’est être souvent sur le terrain pour la phase « enquête et entretiens » : ça me permet de rencontrer pleins d’acteurs économiques et de leur parler de mon activité.

Quel est votre regard actuel sur l'acte d'entreprendre ? Etre entrepreneur associé et voir le tout de l'intérieur, cela a-t-il changé votre vision de l'entreprise ? 

Je n’ai jamais réussi à adopter la posture du salarié qui compte ses heures et ses congés.

Autant rendre des comptes à un client me parait normal, autant à un chef au milieu des collègues, ça n’est pas dans les repères.

Quand on est son propre « patron », on sait que ça ne repose sur personne d’autre d’avancer, de remplir sa mission et de satisfaire la commande. On est amené à la fois à plus d’autonomie, et à plus de négociation, il faut composer avec les différents partenaires ou interlocuteurs, travailler en équipe, maintenir le cap tout en lâchant prise.

Je n’avais pas forcement une bonne image du statut d’entrepreneur : souvent, les entreprises croulent sous les charges et finissent par mettre la clé sous la porte, ça ne m’attirait vraiment pas.

Désormais, le statut d’auto-entrepreneur est pour moi un excellent moyen de débuter dans la vie active, que cette activité soit durable ou non. De plus, j’ai pu bénéficier de l’Accre et donc d’une réduction de cotisation. Par contre, je déplore le manque de suivi voire même d’information. Il faut pousser pas mal de portes avant que quelqu’un ne réponde concrètement à vos réponses. J’ai la chance de connaître beaucoup d’intermittents et des développeurs web qui sont pour la plupart en auto-entreprise : ils m’ont donné pas mal de renseignements que je n’avais pas trouvé ailleurs. J’aurai aussi aimé avoir une courte formation en gestion, comment facturer aux clients, comment prospecter, comment fidéliser le client, etc. Je crois que les activités artisanales et commerciales ont droit à une formation, mais avec mon activité libérale je n’y ai pas droit.

En quoi votre réseau actuel et votre approche sont-ils solides, suffisamment solides pour faire perdurer votre activité ?

Mon réseau est ancien, ça fait 20 ans qu’il se tisse. Je pense qu’il est solide car il est multiple : scientifiques, chercheurs, pédagogues, artistes, militants, je m’intéresse aux différents milieux qui touchent à mon sujet. L’activité que je propose est recherchée car elle croise des disciplines qui sont la plupart du temps cloisonnées, par exemple : les enseignants ne connaissent pas l’architecture, les architectes ne sont pas formés à la pédagogie, du coup on me sollicite pour créer des séquences pédagogiques sur l’architecture ! De la même façon l’enjeu environnemental de l’architecture et de la ville est encore peu enseigné et nécessite une palette de connaissances pointues qui font la spécificité de mon approche.

J’ai développé la capacité autant à travailler seule qu’en équipe, donc je ne me sens ni isolée ni envahie. Pour autant mon mode de travail s’accommoderait mal de recrutements et de gestion d’une équipe : je ne suis pas de ceux qui veulent être chef, j’aime faire moi-même, c’est pourquoi je n’ai pas créé d’entreprise avec salariés.

Comme je l’ai expliqué précédemment, mon activité marche par le « bouche à oreille », et très sincèrement il n’y a rien de mieux pour se faire connaître et avoir de nouveaux clients ! J’ai la chance d’avoir travaillé avec des boîtes qui m’ont laissé pas mal de possibilités : j’ai réalisé des documents publics par exemple, ce qui permet d’appuyer mon activité. Je pense aussi que ma formation en géographie me permet d’avoir une approche territoriale que les entreprises n’auraient pas eu sans moi : c’est ma plus-value et la force de mon activité. Lorsque je présente mes études et que j’y intègre une dimension territoriale, que ce soit par des cartes, par une approche sociale ou autre, je comprends très vite que cela plaît au client, c’est nouveau pour lui, je lui apporte un plus auquel il n’avait jamais pensé avant. C’est aussi ce qui fait que les entreprises parlent de moi autour d’eux. Sans mes premiers clients et mon ancienne boite de stage mon activité ne serait rien !

A votre idée, quel est l'avenir, les perspectives d'évolution de votre activité, et vos espoirs ?

Je pense continuer de transmettre mes connaissances et mon respect pour la planète (pour faire court). Mais j’aimerais varier les plaisirs, et pour la suite m’orienter vers plus de photo, jardinage, de coaching et d’activités manuelles créatives.

J'ai effectivement mis de coté depuis longtemps des envies très manuelles de créations diverses utilisant la photo, les collages, le dessin, la récupération et le recyclage. Et comme j'adore tout ce qui est botanique, faire pousser, reproduire, échanger, je verrais bien aller vivre au vert avec à la fois du jardin et de l'antiquité/création.
Cela n'est pas avancé, car pour l'instant la vie urbaine me convient encore, mais j'aspire à du calme, moins de transports en commun et moins de tension quotidienne.

Eh bien déjà faire les prochaines missions qui m’ont été proposées. J’espère aussi parvenir à fidéliser assez de clients pour être connue dans ma région (PACA). Je commence à être invitée à des workshops, des séminaires, pitch réseau, etc. Je commence à faire  partie des « listes » d’invitation de ce type d’échanges et c’est plutôt satisfaisant. Je me retrouve avec des personnes qui travaillent dans le développement économique depuis des années et je me rends compte qu’ils sont toujours très attentifs à ma vision des choses, plutôt nouvelle et influencée par le big data.

Mais je garde tout de même cette appréhension que mon activité ne durera pas, je cherche donc des missions salariées en dehors de cette activité. Être entrepreneur a de multiples avantages : gérer son emploi du temps, ses rendez-vous, ses clients, ses dépenses, etc. Mais je pars du principe qu’il ne faut pas perdre l’habitude de l’emploi salarié ou l'on est sous l’autorité de supérieurs, on ne sait jamais de quoi demain est fait !

Et, pour finir, qu'avez-vous envie de transmettre aux professionnels en herbe - et en crayons - qui hésiteraient à se lancer dans le choix de l'autoentrepreneuriat ou de l'entrepreneuriat ?

Que si on a une idée d’activité qui nous tient à cœur, il faut foncer, et il sera toujours temps de revenir au salariat si besoin ! D’ailleurs on peut aussi combiner les deux !

Et être très soigneux avec les administrations, les papiers, les démarches, être à jour, joindre les interlocuteurs, ne pas laisser traîner les factures et autres, car à être ordonné on gagne beaucoup de temps et on s’économise du stress !

Foncez ! Vraiment, vous n’avez rien à perdre, tout à gagner : du savoir et de la connaissance, de l’expérience, des compétences, un carnet d’adresses bien rempli, une ligne de plus sur votre CV qui fera toute la différence. Les employeurs ne veulent plus seulement des personnes avec des compétences : ils veulent des gens qui ont vraiment de l’envie, qui savent entreprendre, manager, gérer une crise, bref tout ce que vous allez rencontrer pendant votre expérience d’entrepreneur. Que vous vous lanciez de manière temporaire ou durable, n’hésitez plus, cette expérience vous fera grandir et votre maturité ne pourra être qu’un avantage dans le monde professionnel. À compétences égales avec un concurrent sur le poste de vos rêves, cette expérience fera forcement la différence. 

Je vous conseille vivement de toujours remettre en question votre activité pour que celle-ci perdure. Il faut aussi aller voir ce que fait la concurrence pour vous démarquer au mieux. Plus vous vous remettrez en question, plus votre activité évoluera, et plus vous serez en position de négocier à la hausse lors de la facturation !


 

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Helène Séverin | chargée d'études économique, autoentrepreneuse

 

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