Parcours d'entrepreneurs #1 / Co-Urba / Epigenie / Epicéa

Parcours d'entrepreneurs

Le grand saut. Après une expérience en entreprise, ils se sont lancés dans l'aventure de leur propre entreprise, personnelle ou/et collective.

Associés, entrepreneurs individuels ou autoentrepreneurs, depuis plusieurs années ou seulement quelques mois, leur entreprise, tous l'ont en revanche imaginée, créée, et ils nous livrent leurs retours.

A travers ce volet inaugural de nos interviews, trois explorateurs, chacun dans leur domaine, Dominique Musslin, urbaniste pour Co-Urba, Johann Laskowski, architecte-paysagiste créateur d'Epigénie, et Loic Lorenzini, consultant développement durable pour Epicéa, nous plongent au coeur de leur nouvel élan professionnel.

 

Dominique Musslin | Co-Urba

Dominique Musslin

Urbaniste | Co-Urba

Johann Laskowski | Epigenie

Johann LASKOWSKI

Architecte-paysagiste | aménagement agroécologique des territoires | Epigénie | Création janvier 2016

Loïc Lorenzini

Loïc LORENZINI

Consultant territorial | développement durable | EPICEA | Création en 2009

Entrepreneurs, vous l'êtes pourquoi ? Quelles ont été les motivations à votre création d'agence ? Y a-t-il eu un déclic ?

Je suis là pour deux raisons :

  • la première parce que j'ai eu un incident de carrière et une rupture conventionnelle suite à une divergence de vue avec le nouveau président de l'agence d'urbanisme que je dirigeais
  • la seconde, car cette rupture a aussi précipité mon souhait de poursuivre ma carrière comme expert en réseau, plutôt que comme dirigeant.

Sans avoir jamais eu la prétention, le courage ou la culture d'entreprendre je l'ai fait par convictions, pour moi et pour d'autres. Je disais encore il y quatre ans que je ne serais pas à compte, que d'avoir sa boîte était plutôt un engagement périlleux dans notre métier de paysagiste. Mais, vu les relations humaines existantes dans les agences - rarement heureuses, et au vu de la difficulté de s'épanouir dans un métier qu'on aime en tant que salarié, j'en suis arrivé à me séduire par l'idée de créer mon entreprise. Cette envie provient de plusieurs évolutions personnelles et professionnelles.

En 2012 déjà, en tant qu'enseignant, je me rends compte que pratiquer ce métier peut se faire avec intégrité et collaboration, en intradisciplinaire ou en pluridisciplinaire. Ensuite, en 2014, avec de multiples formations sur l'écologie, l'environnement et les alternatives aux pratiques polluantes dans les paysages, je découvre que l'évolution des pratiques a encore du chemin à faire et que c'est très lent.

En juin 2015, c'est en participant à une formation au centre agro-écologique des Amanins dans la Drôme que le déclic arrive toutefois réellement. C'est une formation ''Créer son éco-projet''. Je m'y rends avec le projet d'être embauché par une entreprise de jardins, désirant développer une démarche environnementale, et avec qui je suis en négociation d'un nouveau poste.  Mais au fil des rencontres avec les autres participants, des sujets découverts grâce aux formateurs, c'est en fin de compte tout un monde qui s'ouvre à moi. Je découvre que partout en France émergent des projets d'agriculture localisée, de centres de formation agro-écologique, de création de nouvelles ressources, etc. Et c'est en comprenant que tous ces projets doivent aborder sérieusement un ancrage intelligent dans un territoire, que j'en viens à me dire que j'ai des compétences à mettre à disposition de ces porteurs de projets et que d’entreprendre pour les accompagner aura tout son sens pour moi. L'idée est donc à ce moment-là de créer une entreprise, d'être indépendant pour faire du conseil, de la conception et de l'accompagnement de privés avec qui je partage des convictions environnementales, sociales, pédagogiques et culturelles.

On devient entrepreneur avec un projet, un service ou une plus-value à vendre, et puis parce qu’on aime les rencontres et les rapports humains. Mes motivations principales étaient la construction d’un service avec le client et l’envie d’organiser ma production de travail.

Comment s'est créée et propulsée votre activité d'entrepreneur ? Choix anticipé ou non ?

Je réfléchissais depuis 4 à 5 ans au contenu du projet pour lui-même, mais pas sur le montage lui-même. En fait j’attendais d’être en retraite pour avoir une assurance de revenu et ne pas être obligé de faire de l’alimentaire. Mais j’ai réagi plus tôt, obligé de demander une rupture conventionnelle.

L’avantage de la rupture conventionnelle est double :

  • le statut de chômeur après 50 ans assure une rémunération de base pendant 3 ans
  • il est possible de cumuler cette indemnité avec un revenu complémentaire

Ceci m'a permis à la fois de créer mon auto-entreprise et de m'engager correctement dans le développement de ma nouvelle activité libérale, mais sans le stress de trouver un revenu dans l'urgence.

J'ai officiellement créé mon auto-entreprise le 5 janvier 2016. Par contre, le projet de créer cette petite structure, de l'imaginer comme un outil de travail personnel et flexible, c'est en janvier 2015 que je l'ai écrit. L'idée, le nom, le pourquoi et même le logo étaient créés le 11 janvier ! Mais, il me manquait tout de même la cible. Je n'étais pas convaincu de vouloir entreprendre comme tous mes amis paysagistes indépendants. Je n'étais pas vraiment séduit par l'idée de faire de la conception pour les particuliers ou même de répondre à des appels d'offres pour des gros porte-feuilles. J'ai donc continué de chercher du travail, de me former et d'enseigner ponctuellement. La création de l'entreprise s'est faite car je suis allé dans la Drôme, que j'ai découvert une nouvelle dimension possible à mon métier et que j'ai gardé des contacts, qui certains sont aujourd'hui des clients.

Johann Laskowski | atelier

J’ai quitté mon job parce que la structure qui me salariait n’avait plus de projet global. J’ai rencontré des professionnels du secteur, des structures de création d’entreprises.

Une personne m’a dit « si tu penses que c’est le bon moment pour le faire, alors fais le au risque de le regretter ». J’ai cru en mon projet, je me suis lancé avec un marché en cours de signature.

Par quels chemins, obstacles, embûches êtes-vous passés, entre la création de votre entreprise et ce qu'elle est aujourd'hui ?

Les + :

Avec mon âge et mon parcours, à travers plusieurs sites géographiques et une variété d'expériences, j'ai un réseau de contacts et c'est très précieux.

Je suis cadre dirigeant et j'ai donc une vue globale des choses.

Un emploi du temps qui permet de réfléchir et qui n'est plus règlé au quart d'heure.

 

Les - :

  • Je n'ai pas la pratique personnelle des nouveaux outils cartographiques même si j'en ai boosté l'usage.
  • Je travaille chez moi, ce qui suppose d'apprendre à organiser son temps pour faire à la fois du privé et du travail pro. J'ai ainsi segmenté la semaine, en réservant une journée aux activités ménagères familiales, ce qui est logique puisque je suis à la maison, et plus agréable comme cela libère le weekend.

Les neutres : la création d'une autoentreprise, ce que le statut de chômeur me permet de faire car je dois limiter mes gains, est très simple à monter. Sauf un point : comprendre le fonctionnement du RSI, ce qui est un peu bizarre pour quelqu'un qui a toujours été salarié.

La plus grande difficulté fut d’accéder à la commande publique ; il est difficile de prétendre au marché sans référence propre, c’est un problème récurrent.

Dans un tel système l’accès à la commande publique a constitué un défi et nous a nécessité d’élaborer une stratégie dans les choix des marchés et la constitution des équipes. De plus les dossiers de candidature nécessitent de composer des équipes importantes, ce qui nous demande un temps d’investissement conséquent.

Le plus compliqué est de tout gérer de front, communication, commercialisation, production, gestion… Le rapport commercial est quelque chose qui n’a rien d’évident au début. On a tendance à en faire plus que demandé. On apprend progressivement.

Le manque d’innovation des collectivités dans la rédaction des marchés publics est clairement un frein. Là où il est nécessaire de faire preuve d’innovation, la plupart des collectivités, pour des tas de raisons légitimes, en restent strictement au réglementaire.

C’est aujourd’hui très compliqué pour des consultants de répondre aux marchés publics qui sont très exigeants et participent d’une logique de concentration des moyens.

Quel est votre regard actuel sur l'acte d'entreprendre ? Etre entrepreneur associé et voir le tout de l'intérieur, cela a-t-il changé votre vision de l'entreprise ? 

Ayant été cadre dirigeant, je n’ai pas vraiment évolué dans ma vision encore fraîche. Le principal atout est mon expérience et je n’ai donc pas besoin de prouver quoi que ce soit.

En revanche, comme je ne veux pas faire de l’alimentaire, je dois passer le même temps qu’avant en relationnel pour rechercher des contrats.

 

Je me donne une année pour asseoir mon activité et me créer un réseau de collègues. 

Je n’avais pas de vison établie de l’entreprise. J’y ai découvert de la liberté, avec ce que cela comporte de devoir. C’est aussi de la combatitivité, de la force morale au quotidien. C’est dommage que le marché soit structuré ainsi, on y perd en qualité de réflexion.

A votre idée, quel est l'avenir, les perspectives d'évolution de votre activité, et vos espoirs ?

Je me donne une année pour asseoir mon activité et me créer un réseau de collègues.

Mon espoir : me faire plaisir et gagner ma vie de mes propres mains.

Pour conforter et faire évoluer notre savoir-faire nous souhaitons conserver un atelier à taille humaine afin de garder une visibilité sur l’ensemble des projets réalisés et continuer à intervenir sur l’ensemble des phases depuis la conception jusqu’à la réalisation opérationnelle.


Inscrits dans une démarche prospective nous souhaitons nous engager toujours plus activement dans la recherche de solutions pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain.

Une des idées directrices de l’Atelier est de ne jamais travailler dans l’urgence afin de prendre le temps nécessaire à la conception et à l’expérimentation pour être en capacité de réaliser des études et projets de qualité. Le fait d'avoir exercé en maitrise d'ouvrage publique avant de créer l'atelier nous a permis de cibler les marchés auxquels nous pouvions prétendre et de définir plus précisément les attentes des différentes maitrises d'ouvrage.

Les choix conceptuels et décisifs, sur l’ensemble des projets de l’atelier, sont pris de manière collégiale, à quatre. La réflexion collective, avec l'ensemble de l'équipe, nous permet d’enrichir les projets en partageant l’expérience et le point de vue de chacun, mais également de développer une approche critique vis-à-vis de notre propre démarche. Notre savoir-faire est aujourd’hui reconnu par nos maitrises d’ouvrages qui font appel à nous sur d’autres études et nous recommandent pour des études similaires.

Je me suis tourné vers les entreprises privées. J’ai réussi à décrocher un 1er contrat, mail il n’y a encore rien d’acquis.

En tout cas c’est très intéressant de travailler avec le secteur privé sur des questions habituellement davantage du ressort des collectivités : le développement territorial, la concertation, l’intérêt général. J’espère pouvoir développer avec les entreprises le volet territorial de la RSE.

Et, pour finir, qu'avez-vous envie de transmettre aux professionnels en herbe - et en crayons - qui hésiteraient à se lancer dans le choix de l'autoentrepreneuriat ou de l'entrepreneuriat ?

Je pense qu’il ne faut pas s’y lancer trop tôt, surtout comme premier ou second emploi, en lieu et place d’un poste de chargé d’études. En effet, l’envie ne suffit pas. Les compétences techniques acquises en Université ou en École non plus.

Deux éléments manquent aux jeunes urbanistes :

  • le savoir-être nécessaire pour établir des contacts et pour gérer une activité très "relationnelle" en terme d'animations de réunions
  • le carnet d'adresses

Le risque est grand d'être transformé en sous-traitant à vie.

 Que l'essentiel n'est pas de savoir si on veut être salarié ou indépendant.

Si on aime son métier, qu'on a une vision passionnée de sa pratique, je conseille d'être vigilant sur notre quotidien professionnel. Je dis ça dans le sens de l'amour du métier. Si on aime son métier, cherchons a ne pas faire de concessions face à ce qui peut le gâcher. Il ne faut pas s'engourdir dans son métier si on l'aime, en évitant de le pratiquer seulement pour payer ses dettes ou préserver un confort carriériste... ce n'est que ma façon de voir le travail. 

De s’accrocher, de croire en sa valeur ajoutée, tout en restant lucide. La patience est aussi une vertu dans l'entrepreneuriat.


 

+ de liens

Johann Laskowski | Epigenie

Johann Laskowski sur Linkedin

Epigénie | le site internet 

Loïc Lorenzini

Loïc Lorenzini sur Linkedin

Epicéa Développement | le site internet

 

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