Jeune & Pro #3 / Isabelle Delacourte / Kevin Watrelot / Céline Alleaume

Jeunes et pros 1

Littoral & paysage à l'honneur ! Nous livrons aujourd'hui les impressions et le retour sur leur parcours émergent, de jeunes professionnels passionnés par les côtes et l'aménagement paysager. Isabelle Delacourte et Kevin Watrelot, sont tous deux spécialistes de l'environnement littoral, mais ont pour le moment des parcours différents. Céline Alleaume, paysagiste et urbaniste, traitera elle de son expérience acquise au sein d'un bureau d'études, où elle alterne les casquettes.

 

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Isabelle Delacourte

géographe du littoral et éducation à l'environne-ment, créatrice de LittoMatique

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aménagement du littoral, gestion et sensibilisation au dévelopmt durable

cartographe-technicien patrimoine BDD pour GRDF Paris

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Céline Alleaume

Urbaniste & architecte-paysagiste

chez Roots paysages

Avec cette interview, tout commence par un retour en arrière. Quelle était l'image que tu te faisais du métier d'urbaniste, au cours de tes études ? Et le réel de ton métier aujourd'hui ?

Quand j’étais étudiante, le métier d’urbaniste était à mes yeux un métier de création, dans une équipe pluridisciplinaire. Le côté pluridisciplinaire s’est vérifié à l’usage, mais la création, certes bien présente, n’occupe pas la majeure partie des journées, loin s’en faut. J’avais certainement sous-estimé les étapes de concertation, la nécessité d’avancer pas à pas. L’avenir d’un territoire, que ce soit celui d’un quartier ou à l’échelle plus vaste d’une collectivité territoriale, se dessine avec les élus, avec la population et il est nécessaire de respecter le temps d’appropriation de ces sujets complexes.

Avec quelques années de recul, je perçois mieux le côté affectif que les habitants d’un territoire entretiennent avec leur lieu de vie. Le métier d’urbaniste, tel que je le perçois aujourd’hui, se situe plus dans l’accompagnement, dans l’animation de solutions co-construites avec les parties prenantes d’un projet.

J’ai toujours voulu travailler dans le secteur de l’environnement, du développement durable avec une certaine passion pour le thème du changement climatique, son impact, les modes de gestion de celui-ci et les solutions à apporter.

Le milieu étudiant permet de s’imaginer un futur idéal, de rêver à une certaine carrière ou l’on s’imagine sauver le monde mais la transition entre la fin des études et l’entrée dans le monde du travail s’est avérée difficile face à la dureté du marché de l’emploi actuellement.

Suite à deux stages consécutifs ou j’ai pu travailler sur l’évolution du littoral de l’Île d’Oléron au cours des 3 derniers siècles face au changement climatique et à la pression anthropique, je m’imaginais pouvoir trouver rapidement un emploi de cartographe en lien avec mes thématiques de prédilections mais face au manque d’opportunités, je me suis retrouvé au chômage pendant 1 an avant qu’une occasion se présente chez GRDF à Paris.

Aujourd’hui, ma perception des choses à évidemment changé. Travaillant dans une grande entreprise, j’ai le sentiment de travailler afin de faire fonctionner un système. On travaille chacun de notre côté afin d’atteindre les chiffres voulus en fin de mois. Cette situation peut paraître déroutante en repensant à nos rêves d’étudiant, de travailler afin de produire un résultat qui va changer le monde dans lequel on vit, d’apporter sa pierre à l’édifice, de travailler au contact de la nature en permanence.

Cette entrée dans le monde du travail est une prise de conscience qui n’est pas forcément négative et se révèle formatrice pour la suite. Cela permet de garder les pieds sur terre.

Mon orientation s’est faite par une envie de création, de voyages, de découvertes de nouveaux environnements, d’échanges avec différents corps de métiers. Je ne voulais pas rentrer dans une routine en restant seulement dans un bureau et un seul périmètre.

J’ai en premier lieu intégré une école d’arts en design d’espace ce qui m’a orienté vers l’aménagement du territoire.

A la fin de mon master, j’ai décidé de poursuivre mes études dans le paysage. Lors de ma formation en projet urbain et de mes stages en bureaux d'études, les deux aspects étaient souvent combinés sur les projets ce qui m’a poussée à continuer vers cette voie pour répondre à des projets plus diversifiés.

A la fin de mes études de paysage, j’ai souhaité travailler dans les aménagements paysagers pour les particuliers pour comprendre les problématiques de terrain à petite échelle et pratiquer le terrain également afin de pouvoir reporter certaines problématiques rencontrées à petite échelle sur des projets de plus grandes envergures.

A l’heure actuelle, je travaille pour les particuliers, c’est une approche différente mais avec des exigences également et des délais. Il s’agit dans un premier temps d'assimiler les problématiques de terrain à petite échelle et de pratiquer le terrain afin de pouvoir reporter certaines problématiques rencontrées à petite échelle sur des projets de plus grandes envergures. Il faut savoir également innover et se remettre souvent en question, c’est ce qui rend ce métier intéressant.

Du coup, y a-t-il un lien entre ton parcours de formation et ton métier ? Ta formation te sert-elle aujourd'hui dans l'exercice et l'acquisition progressive de tes missions ? Que penses-tu apporter de par ta formation, au sein de ton entreprise ?

J’ai une formation de géographe en deux temps avec une première étape à l’École nationale des sciences géographiques (intégrée à l’IGN), puis une spécialisation en géographie des milieux littoraux à l’Université de La Rochelle. Ce parcours m’a apporté les bases nécessaires aux différents postes que j’ai occupés, mais aussi la capacité de travailler dans des équipes pluridisciplinaires, avec des biologistes, des écologues, des paysagistes… Ça s’apprend un peu dans les écoles mais il faut pratiquer et surtout être curieux et s’intéresser au cœur de métier du reste de l’équipe. C’est presque ce qui m’intéresse le plus aujourd’hui.

Dans mon entreprise, je cherche à construire des solutions qui font la part belle aux méthodologies, au raisonnement ; le contexte technique et réglementaire est en constante mutation et donc extrêmement périssable : la vraie valeur ajoutée n’est donc pas là…

 

De par mon niveau d’étude (Bac +5), je suis considéré comme étant trop qualifié afin d’être embauché en CDI chez GRDF. Je suis donc embauché en tant qu’intérimaire pour une période de 16 mois.

Il n’y a pas de relation directe entre mon diplôme universitaire et mon métier. J’ai passé un diplôme dans l’aménagement du littoral et des milieux insulaires. La chance et le défaut de ce diplôme c’est sa pluridisciplinarité qui ne me permet pas d’être expert sur un domaine précis mais qui m’a permis d’obtenir un bagage solide dans l’utilisation des logiciels de SIG et de cartographie en général.

C’est ce bagage qui a attiré l’œil des recruteurs de chez GRDF, qui recherchent des personnes qui sont déjà à l’aise avec ce type de logiciels.

Bien sur, mes compétences de géographe et plus précisément de cartographe sont utilisées ici, différemment car les logiciels sont spécifiques au milieu du gaz mais il existe certaines similitudes entres les logiciels utilisés à l’université ou lors des stages et ceux de l’entreprises. De plus, on va me demander au sein de l’entreprise, l’application d’autres compétences acquises à l’université comme la rédaction de rapports ou bien la présentation de Powerpoints lors de réunions d’agence.

Ma formation apporte donc par certains de ces aspects, un plus, très intéressant pour mes employeurs.

La rigueur universitaire et la pédagogie du monde de l’enseignement, je la reprends également à travers la formation de certains de mes nouveaux coéquipiers ou à travers la création de modes opératoires pour le travail.

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Mes trois formations sont complémentaires. En école d’arts, j’ai pu développer mon côté créatif et ma curiosité à trouver de nouvelles idées qui me servent dans mes projets de conception. Ma formation en urbanisme m’a permis de plus m’intéresser aux contraintes et à l’aspect réglementaire qui se retrouve complété par ma formation en architecture du paysage.

Actuellement, je travaille mon côté créatif par des réalisations et développe mon relationnel avec les particuliers et collectivités, pour répondre à leurs exigences et contraintes de terrain dans des délais limités. Étant dans une petite structure, j'acquière de nouvelles compétences en me diversifiant. La communication en fait partie.

Quel est le quotidien de ton travail... et des imprévus qui vont avec ? Tu peux nous parler un peu des missions que tu es amené à effectuer ? Des obstacles principaux que tu as été amené à franchir de par l'exercice de ton métier ? 

Je suis dans une démarche de création d’entreprise dont le démarrage est très récent. Mon quotidien n’est pas encore représentatif de ce qu’il sera dans quelques mois, mais je suis en train de toucher du doigt le côté grisant de l’aventure. Je démarre avec une idée et un réseau potentiel mais tout est à construire, et pour l’instant je dois m’aguerrir à certains exercices (les réponses aux appels d’offres, la négociation avec mon banquier et mon assureur…).

Dans mes fonctions précédentes, j’avais la charge d’animer un projet ambitieux, qui consistait à démontrer le rôle positif des espaces naturels dans la gestion du trait de côte, face à l’érosion des plages et des dunes et aux risques de submersions marines. J’ai appris dans cette aventure que les obstacles les plus compliqués à franchir venaient souvent de ma propre entreprise. C’est un peu compliqué à vivre, mais extrêmement formateur !

Mon travail consiste à mettre à jour la cartographie du réseau de gaz parisien. Ce réseau a connu des modifications importantes ces dernières années avec une volonté d’éliminer les facteurs de risques qui peuvent entraîner des fuites ou des accidents plus graves comme il y a pu en avoir.

Mon rôle est de recevoir les dossiers des chargés d’affaires qui vont relever les travaux sur le terrain et ainsi, de pouvoir mettre à jour la carto en grande et moyenne échelle sur le logiciel Atlas 200 (grande échelle) et Mercator Gaz (moyenne échelle).

Une fois ce travail effectué, je renvoie le dossier modifié au chargé d’affaires pour validation et je saisie les nouvelles données dans une base de données (GMAO) qui va servir de base de suivi pour les prochaines interventions sur les adresses concernées.

Il m’arrive également de devoir vérifier et corriger des anomalies relevées sur certains branchements en carto.

Enfin, je forme les nouveaux arrivants à nos techniques de travail et je rends des comptes de mon activité à mon animateur.

La principale difficulté de mon travail, c’est le manque de communication, d’information, ou de compréhension entre le travail du chargé d’affaires qui me transmet un dossier et le mien. En effet, je peux recevoir un dossier mal complété ou incomplet qui va rendre difficile ou impossible la mise à jour cartographique. Au bout de quelques mois de travail, le repérage de ces erreurs devient automatique et une prise d’information intervient avec le chargé d’affaires.

L’autre difficulté majeure lors de mon arrivée a été de comprendre les termes techniques du monde du gaz ainsi que le fonctionnement d’un réseau. La prise d’information et une immersion sur le terrain permettent de se familiariser petit à petit avec ces termes.

Il est important d’être réactif sur les projets puisque nous sommes souvent en concurrence avec d’autres entreprises. Comme je m’occupe de la communication de l’entreprise en parallèle, il faut que cela soit souvent actualisé en plus de mon travail d’architecte paysagiste. Il est nécessaire de bien gérer son temps.

Pour les rendus des clients, je réalise dans un premier temps des plans et par la suite si le client souhaite aller plus loin dans son projet, je lui propose un aménagement 3D pour qu’il puisse se projeter dans son aménagement. Il est nécessaire de se remettre souvent en question sur les techniques employées pour les faire évoluer.

Je trouve qu’en tant que femme et débutante dans ce métier, il faut arriver à faire ses preuves dans un environnement essentiellement composé d’hommes, afin d’être prise au sérieux.

  • En quoi la pratique (les pratiques) de ton métier a (ont) fait évoluer ta perception du métier d'urbaniste, et tes compétences en tant que tel ?

J’ai très vite assimilé le fait que la formation continue est une nécessité.

Chacun trouve la façon de se former qui lui convient ; de mon côté, je suis très vigilante à ne pas laisser de trains partir sans moi. Je suis une adepte des MOOC sur des sujets variés (en ce moment, je suis un MOOC de programmation en java, et un autre en comptabilité). Ça m’aide à avoir un horizon plus large, à ne pas rester enfermée dans un certain confort. Mon expérience alimente mes réflexions et diversifie mes palettes de solutions.

Pour reprendre en partie le sentiment que j’exprimais dans la première question, ce métier m’a d’abord paru en complet décalage avec ce pourquoi j’avais fait des études. J’ai même pensé perdre mon temps, m’égarer dans une mauvaise voie mais au final, cela s’avère être une expérience très enrichissante professionnellement et humainement.

En effet, ce travail constitue une immersion totale et intéressante dans le monde du travail, dans une entreprise avec des objectifs en termes de chiffres, de rendements. Mes compétences de cartographe sont mises à profit, je développe mon réseau professionnel.

C’est une application de la cartographie complètement différente de l’usage que j’en faisais jusqu'à présent et cela me permet de me rendre compte de la multiplicité des usages et possibilités de celle-ci.

Je conseillerai donc à toute personne diplômée de ne pas négliger ce genre d’emploi qui peut paraître éloigné de base des attentes professionnelles mais qui permet de s’exercer dans le domaine de la cartographie, de s’améliorer mais également de s’ouvrir à un nouveau champ de compétences.

C’est une expérience qui m’a fait rentrer de plein pied dans le monde de l’entreprise, qui m’a permis de me forger une rigueur et une discipline de travail.

Durant mes études, j’ai eu la chance de faire de bonnes rencontres principalement lors d’un stage en alternance dans une entreprise de paysagistes, urbanistes et de participer pleinement aux projets ce qui m’a permis d’avoir un réel aperçu du métier.

Je peux également élargir mes compétences et mettre en pratique mes connaissances au sein de mon entreprise actuelle puisque je participe à toutes les étapes du projet que ce soit du côté bureau d’études ou sur le terrain. Pour moi, c’est important de pouvoir participer aux réalisations avec les paysagistes de terrain. Cela me permet de me rendre compte qu’il faut savoir sortir de son plan.

Retour vers le futur. Comment envisages-tu ton avenir professionnel ? Quel bilan et quelles perspectives retires-tu de ta toute relative expérience ? Ta vision a-t-elle évolué ou retour à l'idée de départ ?

Je trouve que le monde du travail a beaucoup changé en très peu de temps. Certains aspects sont moins confortables, mais en contrepartie il y a plus de possibilités d’évolution si on s’en donne les moyens. Il ne faut pas être résistant au changement, et parfois oser sortir de sa zone de confort. Je crois bien qu’on fera tous plusieurs métiers dans une vie, alors autant prendre les devants plutôt que de subir.

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Mon avenir professionnel reste néanmoins flou et conditionné par les opportunités dans un marché du travail compliqué.

Cependant, une expérience dans un grand groupe comme GRDF va peser dans un CV et va me permettre déjà d’avoir une expérience dans le monde du travail mais également de pouvoir valoriser sur mon CV, les nouvelles compétences acquises à travers la maîtrise de nouveaux logiciels par exemple.

Je garde évidemment en tête mon objectif de départ qui est de travailler dans la préservation de l’environnement littoral et je suis d’ailleurs toujours en recherche active d’un emploi, d’une opportunité dans ce secteur.

Le manque d’offres en France me fait également réfléchir énormément à la possibilité de tenter ma chance à l’étranger. Mon secteur géographique de prédilection reste l’outre mer français, où j’ai pu me rendre dernièrement et où il me semble qu’un travail important est à faire en terme de préservation de l’environnement.

J’envisage également la possibilité d’une reprise d’étude afin de compléter mon CV par de nouvelles compétences bien que cette option ne soit pas prioritaire n’ayant plus 20 ans.

Je continue pour l’instant ma mission chez GRDF, qui est un bon apprentissage dans le milieu de la cartographie, en espérant que cette expérience de qualité va me permettre de lancer ma carrière durablement.

Je suis actuellement à la recherche d’un emploi à l’étranger donc j’espère trouver une entreprise qui voudra bien me donner ma chance afin de découvrir d’autres techniques de travail et de pouvoir les combiner avec mes compétences. L’enjeu est également de perfectionner mon anglais car je souhaiterais travailler sur des projets internationaux et par conséquent être plus fluide dans mon travail.

Ma vision n’a pas changé, je suis toujours motivée pour continuer d’apprendre de nouvelles choses puisque ce métier suit les tendances actuelles et évolue avec les mœurs, il faut sans cesse se remettre en question dans ses réflexions sur les projets. Il est important de prendre en compte les besoins actuels ainsi que d’anticiper les besoins futurs.

Ce que je tire de ma fraîche expérience dans le monde du travail, c’est que même si nous sommes dans une dynamique d’évolution de nos territoires, il n’est pas simple de trouver du travail dans ce domaine. Il nous manque toujours une compétence que ce soit en France ou à l’étranger.


 

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