Ateliers atypiques #2 | Innovactifs

Urbanisme, atypisme et montage d'entreprise innovante... À travers ce volet n°2 des 'Ateliers Atypiques', on part à l'exploration de plusieurs façons, radicalement différentes, de créer une entreprise singulière, avec du sens, des sens pluriels... ou du Xens !

Innover par le collectif d'une belle et grande équipe, via Le Sens de la Ville... Innover via l'apport d'expertises complémentaires en droit et urbanisme, via le Laboratoire d'Urbanisme Pluriel (LUP)... Innover par le prisme du développement de nouveaux outils via ConnaiXens... L'idée, c'est que chaque entreprise ou start-up se raconte à vous. Il n'y a pas qu'une seule manière d'être acteur du changement en tant qu'urbaniste, et ces ateliers atypiques s'en font l'écho.

Le Sens de la Ville

Le Sens de la Ville

Think & Do Tank Urbain

 [Collectif engagé pour la 'ville cousue main']

LUP Laboratoire dUrbanisme Pluriel

LUP - Laboratoire d'Urbanisme Pluriel

Florian Carrot | Grégoire Billard

[Expertises croisées en urbanisme & droit]

Julie Marchand ConnaiXens

ConnaiXens

Julie Marchand

[Applications numériques sur le patrimoine et la ville]

Atypique ou typique, votre parcours ? En quelques mots, vos cheminements professionnel et personnel avant l'agence ?

En préambule, on aimerait simplement que vous vous présentiez, vous, créateur ou représentant de votre atelier.

Le Sens de la Ville a émergé à la suite de parcours professionnels variés chez ses trois associés fondateurs : en maîtrise d’ouvrage privée pour Flore Trautmann, en concertation pour Fanny Rahmouni, chez un aménageur public puis en agence d’architecture et d’urbanisme pour Vincent Josso, expérience partagée par Lucille Gréco et Daphné Lecointre qui ont ensuite rejoint l’équipe. Au-delà de ces expériences diverses -qui fondent des regards et des expériences complémentaires autour de l’urbanisme au sens large- nous partageons une conviction commune que la ville, dans un effet miroir, ressemble à la façon dont elle a été fabriquée. Ainsi, nous revendiquons cet aspect militant de notre pratique quotidienne, pour un modèle de ville inclusive et incarnée s’appuyant sur des processus de conception et de décision réellement horizontaux.

Grégoire : Nous avions un parcours universitaire assez classique. École d’architecture et des expériences côté maîtrise d’œuvre pour Florian, faculté de droit et école d’avocats pour moi-même, avec des expériences en juridiction ou en cabinet.

Florian : Rien d'atypique mais nous avions déjà, chacun de notre côté, l’envie de sortir du cadre de l’école ou de nos disciplines respectives. J’ai interrompu plusieurs fois mon cursus pour travailler en bureau d’études ou à l’étranger et Grégoire est parti travailler dans un cabinet d’avocats à Melbourne en Australie. Nous avons des parcours classiques mais pas rectilignes !

Grégoire : Nous avons commencé à travailler ensemble dans le cadre du Cycle d'Urbanisme de Sciences Po et nous avons tout de suite réalisé que nos compétences étaient complémentaires dans le projet urbain... Quatre ans plus tard nous nous sommes lancés dans l’aventure et avons créé l’agence LUP - Laboratoire d’Urbanisme Pluriel!

Parcours sinueux je dirais, plus qu’atypique, mais toujours avec un même objectif, la transmission du savoir. Depuis mes premières années à l’Université de Montpellier en histoire, avec l’association Patrimôme, jusqu’à ConnaiXens, j’ai souhaité partager des connaissances complexes sur la Ville. D’abord auprès des plus jeunes, avec des projets comme Montpellier, dans les pas de Guilhem – un ouvrage jeunesse sous forme de parcours ludique pour explorer l'histoire de la Ville. Ensuite en tant qu’éditeur des travaux de l’Inventaire du patrimoine avec Connaissances & Patrimoines éditions, ou en tant que chargée de mission à la Maison de l’architecture Languedoc-Roussillon – aujourd’hui Occitanie Méditerranée, j’ai croisé plusieurs mondes professionnels en demande de connaissances sur le territoire. Mon expérience de chercheur, avec un doctorat en sociologie à l’Université de Tours enfin, m’a permis de mieux définir ces besoins culturels. ConnaiXens, notre projet d’entreprise, est le fruit de ma recherche doctorale, conjuguée aux talents de mes deux associés, Mathieu, docteur en géographie, et Sophie, directrice éditoriale et médiatrice culturelle.

Atypique, votre atelier ?

Le temps est maintenant venu de présenter votre agence & l'activité atypique que vous portez au jour le jour.

Tout d’abord nous sommes une SCOP (Société coopérative et participative). Soumises à l’impératif de profitabilité comme toute entreprise, elles bénéficient d’une gouvernance démocratique et d’une répartition des résultats prioritairement affectée à la pérennité des emplois et du projet d’entreprise. Cette inscription dans une économie soutenable est pour nous essentielle.

Nous appartenons à la grande famille de l’assistance à maîtrise d’ouvrage et nous définissons comme un « think and do tank » qui répartit ses activités entre missions opérationnelles, chantiers de recherche et expérimentations. Notre activité consiste dans la définition de stratégies de projet urbain : identifier et affiner une programmation sur-mesure, souvent hybride et alternative, intégrer les usagers pour une plus grande qualité des projets. Notre spécificité, notamment du fait de nos parcours professionnels antérieurs, est de travailler pour des clients très différents, à la fois publics et privés, à l’échelle urbaine et à l’échelle immobilière.

Enfin, nous consacrons une part de notre activité quotidienne à des démarches de recherche. Actuellement nous avons deux chantiers en cours :

  • Le Rez-de-chausseur est une démarche de recherche et d’expérimentation autour du rez-de-chaussée comme « bien commun » urbain, en partenariat avec le Cycle d’urbanisme de Sciences Po. Ce travail a commencé par la mise en ligne d’un blog rassemblant des rez de chaussée « inspirants ».
  • « Réinventer les Réinventer » se veut une caisse de résonance des interrogations soulevées par les appels à projet urbains innovants auprès de ceux – architectes, collectivités, opérateurs, porteurs de projet… – qui y ont participé. Une première étape de la démarche a porté sur Réinventer Paris (avec Urbanova) et une seconde est en cours avec Partie Prenante autour d’un questionnaire mis en ligne à la fin de l’année 2017 et à destination des groupements ayant participé à Inventons la Métropole du Grand Paris. Ce retour d’expérience collectif a suscité plus de 150 réponses et a donné lieu à une restitution des résultats au lieu hybride parisien qu'est le 104 au début du mois de mars.

  • Le Sens de la Ville logo

Florian : Si notre duo d’urbaniste-architecte et juriste de formation dénote dans le milieu des agences d’architecture et d’urbanisme c’est parce que les compétences que nous alignons ne sont pas souvent associées au sein d’une même structure, et pour cause : architectes et juristes ont généralement des préoccupations et des langages très différents, leurs interventions dans le projet ne sont que rarement simultanées.

Grégoire : C’est notre formation commune en urbanisme qui nous permet de dialoguer et de collaborer efficacement. Je pense que nous nous démarquons aussi lorsque nous concevons le projet, en intégrant dès le début de nos réflexions les contraintes liées au lancement de la phase opérationnelle.

Nous travaillons, par exemple, sur la problématique de revitalisation des centre-bourgs. De nombreuses communes voient en effet leur centre ville dépérir et souhaitent engager un plan d’actions afin de relancer leur attractivité. Ces projets ont deux particularités :

  1. ils sont très exigeants en termes de savoir-faire et impliquent à la fois à des compétences d’analyse territoriale et urbaine, de conception, de montage opérationnel, de programmation ou encore de mobilité.
  2. Ils prennent place dans des territoires en difficulté, relativement délaissés par les grands acteurs de la ville, opérateurs publics et privés, grandes enseignes.. et qui n’ont pas autant de moyens que les métropoles. Les missions sont donc assez courtes et demandent de mettre en place des méthodologies efficaces.

Dans ce cadre particulièrement complexe (et stimulant!), notre structure peut ainsi apporter une vraie valeur ajoutée aux projets.

LUP logo

ConnaiXens est un projet d’entreprise inscrite dans l’économie sociale et solidaire (ESS). En ce sens, elle est accompagnée par l’incubateur régional d’entreprise Alter’Incub depuis le 22 mai 2017. Elle souhaite rejoindre prochainement les rangs de la coopérative d’activité et d’emploi Crealead, basée à Montpellier.

C'est un projet d’entreprise innovante. La plateforme numérique (aujourd’hui baptisée Cerfapat) ainsi que la base de données ConnaiXens _ data sur laquelle elle s’appuie, ont ainsi été développées avec le soutien de la Banque Publique d’Investissement (BPI France), par l’attribution d’une bourse French Tech Emergence en juin 2017.

Notre projet d’entreprise est issu de la recherche. Comptant deux chercheurs parmi ses fondateurs, elle a rejoint depuis le 15 décembre 2017 un second incubateur d’entreprise : Languedoc-Roussillon Incubation (LRI).

ConnaiXens proposera plusieurs outils de compréhension du territoire tels qu’une plateforme numérique agrégeant la connaissance des territoires contenue dans les études urbaines, les documents d’urbanisme, la recherche universitaire, et la restituant aux acteurs de l’aménagement. Nous entendons par acteurs de l’aménagement aussi bien le propriétaire particulier, que le promoteur ou la collectivité.

Ainsi, un propriétaire souhaitant réaliser des travaux de façade en site patrimonial remarquable pourra consulter la règle qui concerne son bien et le mode constructif qu’il devra respecter. Un aménageur pourra connaître l’histoire du site sur lequel il s’implante et programmer un projet conforme à l’identité d’un territoire. Une collectivité, enfin, verra compiler les données historiques, architecturales, urbaines et paysagères qui concernent son territoire, et pourra s’appuyer sur notre plateforme comme outil de concertation. Au-delà de cet outil numérique, nous nous orientons également vers la formation des professionnels de la construction et de l’immobilier, ainsi que la sensibilisation des jeunes citoyens.

Logo Connaixens

D'où est venue l'idée ? Quelles ont été les inspirations, l'élément clé qui vous a amenés à vous lancer ?

L'origine du projet, s'il y a eu un événement de vie ou un 'tilt' d'où tout est parti.

Appels à projet, urbanisme transitoire, agriculture urbaine, nouveaux modes de travail et d’habiter, usages collaboratifs, servicialisation et numérique, éclatent les transformations urbaines autour de modèles de villes très différents… Nos expériences professionnelles passées nous ont confronté à ces changements et ont suscité l’envie de prendre à bras-le-corps les questions de stratégie et de montage qui conduisent à faire la ville « autrement ». Et puis il y a eu Réinventer Paris en 2015 et une première expérience collective qui a réuni, entre autres, les trois fondateurs du Sens de la Ville autour d’une candidature. De cette première expérience est née l’envie de poursuivre l’aventure et de la structurer autour d’une entreprise commune.

Grégoire : D’un élan commun. Après notre formation, nous avons pu continuer à travailler ensemble. Nos boites respectives s’associaient pour répondre à des projets et ça nous a permis de voir à quel point cette interaction entre nos deux compétences est essentielle, quelque soit la phase du projet.

Nos visions différentes sur les enjeux urbains permettaient de trouver des solutions auxquelles nous n’aurions pas pensé seuls ou encore de prendre en compte des contraintes spécifiques et in fine d’améliorer et d’accélérer les projets.

L’élément déclencheur, ou plutôt la phase test de LUP, a été notre participation en tant que collectif à l’appel à manifestation d’intérêt Réinventer la Seine, lors duquel nous avons co-conçu un projet qui répondait aux enjeux urbains grâce à un montage innovant. Nous avons réalisé que travailler ensemble était un vrai plus, pour nous en terme de méthode, mais également pour nos partenaires, qui sont rassurés par ce duo conception spatiale / outils opérationnels.

Florian : Le nom “Laboratoire d’Urbanisme Pluriel” vient de cette volonté de mettre en relation différentes pratiques, intégrer de nouveaux savoirs, questionner les rôles de chacun pour aller vers plus de transversalité, bref, tester … Toujours dans le souci de faire une ville de qualité!

 Je dirais que ConnaiXens c’est l’aboutissement d'un constat personnel sur : des parcours scolaires ignorant la ville, au sens de l’histoire urbaine, l’absence de proximité de l'enseignement avec le territoire de l’école ; des savoirs denses, complexes, qui exposés comme des travaux de recherche ne sont que peu accessibles ; des professionnels déconnectés des valeurs du territoire où ils interviennent.

Le déclic bien évidemment, c’est la recherche.  Celle-ci m’a menée au constat qu’aujourd’hui les propriétaires de foncier, ou les aménageurs à une plus grande échelle, qui souhaitent entreprendre un projet de construction ou de réhabilitation dans des secteurs anciens ou protégés, ne disposent pas de la connaissance nécessaire pour aborder ces lieux particuliers.

Sophie Schreurs partageait avec moi ce désir de sensibilisation et de médiation depuis 2008, sur notre ouvrage jeunesse d’abord, pour la maison d’édition que nous dirigions ensemble ensuite. Notre collaboration sur ce nouveau projet est apparue comme une évidence. Mathieu Gigot, lui, a croisé ma route au laboratoire CITERES. Nous partagions le désir d’entreprendre, dans le domaine de l’urbanisme, à partir de la connaissance des territoires. Là aussi, s’associer nous a semblé naturel. Notre trio est très complémentaire.

Notre lien à la recherche, nous souhaitions le conserver coûte que coûte, il constituait et constitue encore notre légitimité, notre ressource intellectuelle. Nous avons donc mis en œuvre un partenariat double avec l’Université de Tours : avec le laboratoire CITERES d’abord en 2016, berceau de notre projet, avec le programme Intelligences des Patrimoines ensuite en 2017, qui nous soutient en Val-de-Loire.

Quelles sont les convictions que vous défendez ?

Les concepts clés qui vous tiennent à coeur, et pourquoi ces éléments méritent selon vous d'être au coeur de l'approche urbaine.

Nous défendons une assistance à maîtrise d’ouvrage engagée et force de proposition, dans un dialogue constructif avec l’ensemble des parties prenantes.

Le Sens de la Ville_Joshua Haymann_extrait de la plaquette

Le Sens de la Ville/ Joshua Haymann, extrait de la plaquette

Atelier let s co_Euromed_LeSensdelaVille

Atelier Let's Co pour Euroméditerranée

L'expérience de l’habitat participatif, propre à certains des membres du Sens de la Ville, fait également partie de notre ADN. Beaucoup de choses constitutives des projets d’habitat participatif peuvent être adaptées à la fabrique de la ville à plus grande échelle.

Florian : Il me semble que les villes ont tendance à s’homogénéiser au sein de grandes catégories qui connaissent les mêmes évolutions et trop souvent les projets qu’on y développe semblent similaires, préconçus. C’est sans doute un constat un peu galvaudé depuis la ville générique de Rem Koolhaas, mais c’est une tendance qui s’affine, on le voit par exemple dans les travaux de Laurent Davezies ou Olivier Razemon, les mêmes problématiques sociales, économiques et urbaines se retrouvent un peu partout.

Mais ce n’est pas parce que les problématiques sont les mêmes qu’il faut généraliser les solutions ! Et pourtant c’est une tendance qu’on retrouve, la recherche de “solutions qui marchent” et la tentation d'ériger en modèle des projets par nature singuliers, comme si une fois qu’on avait trouvé la solution dans un endroit spécifique, on pouvait résoudre les problèmes de tous.

Grégoire : Dans le prolongement de cette idée, nous défendons trois grands principes :

  1. Le décloisonnement du projet urbain, de ses acteurs, de leurs temporalités d’intervention…
  2. La logique d’open-data et du SIG, le projet doit être capable de se nourrir de toutes les données disponibles et doit à son tour créer de la donnée qui permet son évaluation et son amélioration.
  3. L’urbanisme présentiel, qui implique une réelle intégration de l’urbaniste au sein de son territoire d’intervention.

Nous voulons, pour chaque projet, passer le plus de temps possible sur le territoire d’intervention, installer par exemple un espace de travail et de rencontres dans un commerce vacant, rester sur place sur plusieurs jours voire plusieurs semaines… Et ainsi ne pas formuler des préconisations impactant durablement des territoires en ne connaissant que la gare et la mairie!

LUP Climax pont belvederePont belvédère & vie urbaine (projet Climax)

ConnaiXens signifie : faire la connexion entre la connaissance et le sens. Nous souhaitons donner un sens à la connaissance accumulée pour que celle-ci devienne une ressource au projet. Il s’agit pour nous de reconnecter les hommes au territoire. Au-delà du projet, dans la pratique de chaque usager de la ville ou du territoire, augmenter la connaissance acquise par le citoyen ou le professionnel peut conduire à une qualification du territoire, un respect partagé.

Connaître le lieu où l’on vit, où l’on habite, où l’on travaille, où l’on interagit permet d’en tenir compte, voire d’en débattre. Nos outils peuvent aussi être un socle à la concertation citoyenne. Le dialogue est dès lors constructif, pourvu que la connaissance soit partagée.

Les projets sur lesquels vous apportez votre expertise, et pensez innover ?

À ce moment de l'entretien, il est temps de dégainer vos réalisations !

Pour donner quelques exemples… Dans le cadre des appels à projets urbains innovants comme Réinventer Paris, Réinventer la Seine ou Inventons la Métropole du Grand Paris nous avons accompagné et accompagnons des opérateurs dans la définition de leur stratégie de réponses. Nous élaborons avec lui la stratégie programmatique et jouons le rôle de « passeur » entre des mondes qui n’ont pas forcément l’habitude de se parler comme celui des futurs utilisateurs (commerçants, entrepreneurs, associations …) et celui de la maîtrise d’œuvre.

À Nantes, nous sommes aux côtés de la Samoa, l’aménageur de l’Île de Nantes, pour 4 ans afin de les accompagner sur leur manière d’aborder les « nouveaux usages » dans les opérations immobilières. Nous avons ainsi établi un diagnostic des propositions effectuées par les opérateurs au stade des consultations et analysé ce qui était réellement mis en œuvre, afin notamment d’aider l’aménageur à positionner ses attentes pour les opérations à venir.

Samoa conciergerie et nouveaux usages

Les nouveaux usages programmatiques sur l'île de Nantes, coeur de nos études pour la Samoa
 

À Paris nous accompagnons l’aménageur de la ZAC St Vincent de Paul, Paris Batignolles Aménagement, à définir les stratégies et les montages les plus à même de faire émerger une ville non standard, capable d’intégrer ses futurs usagers et de tirer profit de la meilleure manière possible de l’expérience des Grands Voisins.

En ce moment l’urbanisme transitoire, comme un outil au service de l’aménagement, revient dans plusieurs de nos missions. À Marseille notamment, sur le territoire d’Euroméditerranée, nous accompagnons l’EPA dans la définition d’une stratégie d’occupation de ses friches et bâtiments vacants.

À Ivry-sur-Seine, nous dessinons avec Quartus, Plateau urbain, Ici Montreuil et le futur Collège International de Photographie, les contours de l’occupation transitoire de la nef de l’ancienne usine des eaux, en bon voisinage avec le Centre d’Hébergement d’Urgence et plus si … possibilités.

Sans courir après l'innovation, beaucoup de solutions que nous proposons ont pour objectif de favoriser des nouveaux modes de faire la ville, de l'animer ou de l'habiter.

Pour Réinventer Paris par exemple, nous avions travaillé sur un type de bail spécifique qui permet d'investir dans un logement sans devoir acquérir le foncier (le BRILO), cela permettait de rendre accessibles des logements pour des jeunes ménages et donc d'impacter le quartier durablement. En parallèle nous avions analysé l'impact de ce type de bail sur la forme architecturale, sur la programmation et sur le montage global.

Dans le cadre d'autres projets (d'aménagement ou de revitalisation) nous travaillons beaucoup sur la question du commerce et son maintien dans les zones en perte de vitesse. Cela passe souvent par des outils de mutualisation qui, pour être mis en place efficacement, doivent être associés à un projet urbain et des phases de concertation.

Enfin, nous essayons de conserver dans notre activité une partie "recherche" qui nourrit notre travail et nous permet d'être innovant. En ce moment par exemple nous observons avec attention les solutions qui se développent sur l'habitat intergénérationnel ou plus largement le logement partagé, avec pour objectif de développer un regard critique, des partenariats et des solutions à intégrer dans nos projets !

Lup lisiere habitee GrignyLup lisière habitée Grigny 2

Lisière Habitée – extrait de nos travaux pour Europan 14 à Grigny-Ris-Orangis - projet de mutation dans le temps d'un espace d'activités

L'agence répond à des concours d'idées, par exemple dans le cadre du concours Climax, où nous avions développé un projet de belvédère au-dessus des voies de la ligne de métro 2 à Paris. Un projet répondant aux ambitions du concours tout en s’écartant des conditions de rendu qui privilégiaient les solutions n’impactant que la sous-face alors que selon nous ces problématiques devaient être intégrées dans une approche plus globale.

Nos solutions accompagnent des espaces spécifiques qui sont au croisement de regards de plusieurs acteurs du territoire : les habitants, les commerçants, les architectes et les artisans du bâtiment, les agents instructeurs et planificateurs des collectivités, les élus, les services de l’Etat.

Les espaces protégés au titre du patrimoine, notamment les sites patrimoniaux remarquables, constituent certes une petite proportion de nos espaces urbains ou ruraux, mais ils en font l’identité. Celle-ci doit être connue et partagée par l’ensemble des acteurs. Nous proposerons donc d’accompagner les espaces patrimoniaux dans leur gestion et pourquoi pas, dès leur élaboration.

Notre levier est celui-ci : placer la connaissance, non comme une énième action culturelle dont  chacun peut se saisir sur son temps de loisirs, mais comme une ressource indispensable dans l’acte de construire. Notre caractère innovant tient en une phrase : co-construire un langage commun autour de ces espaces à fort caractère.

Site CerfapatSite Cerfapat_carte

La plateforme web Cerfapat en cours de développement par ConnaiXens

Les éléments qui vous inspirent aujourd'hui plus que tout dans votre pratique du métier, l'évolution de votre atelier ?

Au fil de l'évolution d'une entreprise et des rencontres, des partenariats qui se nouent, à force d'être confrontées à la réalité du terrain, les idées demeurent mais le projet évolue malgré tout. Quelles sont les inspirations qui sont venues en cours de route ?

Le Sens de la Ville s’est créé à un moment où beaucoup de choses « bougent » dans la manière de faire la ville. Donner corps à ce que nous pensons être des tendances de fond est une de nos ambitions. Par exemple, nous accompagnons plusieurs maîtres d’ouvrage dans la définition de stratégies d’urbanisme transitoire. Longtemps observé avec un regard amusé voire une certaine condescendance comme un urbanisme de la bricole, l’urbanisme transitoire s’est aujourd’hui imposé comme un nouvel outil de l’aménagement… qui conduit à repenser le rôle de chacun des acteurs de la fabrique urbaine : aux maîtres d’ouvrage de laisser place à l’expérimentation et à la co-construction dans leur processus de projet, aux maîtres d’œuvre de se saisir du transitoire pour tester des usages et enrichir leur projet… De nombreux colloques, ouvrages, travaux s’attachent aujourd’hui à décortiquer ce qui est en jeu autour de ce sujet. À notre échelle nous participons à ce questionnement collectif et c’est là une opportunité assez passionnante de transformer nos modes de faire !

Nous avons eu la chance dès le début d’être accompagnés de partenaires de milieux très divers (bureaux d’études, maîtres d’ouvrages, promoteurs) et de créer un dialogue fluide avec eux, d’être dans une réelle co-construction du projet. C’est cette logique d’échanges entre tous les acteurs qui reste incontestablement le fondement de notre démarche.

Dans cette perspective, nous avons déménagé aux Grands Voisins à Paris (ancien hôpital Saint-Vincent de Paul) début avril au sein d’une plateforme gérée par l’association La Grande Masse des Beaux-Arts : cet espace de travail a pour objectif de fédérer les différents métiers et faciliter la communication entre les acteurs de la création de la ville. En l’intégrant, nous souhaitons inclure dans notre démarche d’autres profils atypiques qui permettront de nourrir notre réflexion et d’enrichir notre pratique.

Le projet d’entreprise continue d’évoluer. Nous envisagions celui-ci comme un service parapublic proposé par les collectivités à leurs administrés. Or les collectivités manquent de moyens, l’angle du développement numérique constitue toujours une piste. Cependant nous nous orientons de plus en plus vers une conjugaison de clients sur un même territoire, principalement acteurs de la construction, de l’aménagement et de l’immobilier. Cette réalité du marché nous interpelle, car nous cherchons toujours à rendre la connaissance accessible au plus grand nombre.

Pourquoi ne pas alors proposer la valorisation des études urbaines directement au moment du projet, et nous associer à d’autres ateliers d’urbanistes ? À bon entendeur !

Le mot de la fin, l'élément que vous aimeriez transmettre par votre activité ?

L'élément à retenir de votre entretien. On vous laisse carte blanche.

Le mot de la fin sera un clin d’oeil à la préoccupation qui nous anime, comment produire une ville neuve mais « non standard » ? À cet égard, l’expérience des Barbapapa, à la recherche d’un logement, nous paraît très évocatrice !

Barbapapa le sens de la ville1Barbapapa le sens de la ville2Barbapapa le sens de la ville3"On leur propose un appartement dans un immeuble neuf. Mais les appartements ne conviennent pas aux Barbapapas. Ils décident de s'en aller."​

Ces dernières années, on nous pousse à “réinventer”. La façon de construire la ville est sans cesse questionnée, les rapports entre les acteurs de plus en plus flous, les objectifs du projet urbain de plus en plus divers (prise en compte des périodes transitoires du projet, concertation avec les usagers, les habitants, …), les données sur lesquelles s’appuient les projets de plus en plus nombreuses et précises, appelant autant de spécialistes pour les traiter.

Au milieu de tout ça, LUP est un acteur hybride, capable d’intervenir à différents moments du projet. Et quand nous répondons à des missions spécifiques, nous intégrons toujours un double regard qui donne à nos projets un caractère très opérationnel, et, à l’inverse, permet aux outils de répondre parfaitement aux enjeux du projet.

LUP programme actions grigny

Notre approche multiscalaire à Grigny, via un visuel assez parlant (programme d'action Europan 14)

Notre projet d’entreprise repose aujourd’hui sur une innovation sociale d’usage : nous proposons de donner un accès à la connaissance du territoire à l’ensemble des acteurs pour anticiper les conflits de gestion du territoire. Le citoyen souhaite être de plus en plus acteur de son territoire, par le choix de son mode de transport, de son alimentation, etc. Nous voulons qu’il devienne acteur de son cadre de vie.

Montpellier dans les pas de Guilhem

Illustrations du livre "Montpellier, dans les pas de Guilhem"

Montpellier dans les pas de Guilhem_plan de la ville pour les enfants


 

 
 
 
 
 

+   de   liens
 
 
 

 

 
 
 
 
 

 

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