#World Around #5 | Amérique(s)

Ailleurs, ils ont tenté le grand départ en tant qu'urbanistes et ne l'ont pas regretté. Assurément, à les lire, vous ferez des découvertes sur les pratiques de l'urbanisme dans d'autres lieux et villes du monde...

Et ailleurs, pour eux, c'est à travers toute l'Amérique... Laure Garel & Kevin Khayat-Louis, entre Canada, Brésil et Argentine. 

Des glaces du Grand Nord à la Terre de Feu, en passant par Curitiba et Buenos Aires pour les paysages et le côté 'rêve éveillé'. De la pratique aux côtés de Jaime Lerner, architecte-urbaniste, ex-maire de Curitiba au Brésil, à l'engagement d'associations parties prenantes dans le développement de plans stratégiques pour Buenos Aires, pour le côté 'apprentissage et action' en tant qu'urbanistes.

Plongez avec nous dans le 5è – et dernier – volet de nos témoignages de professionnels partis à l'étranger.

Kevin Khayat worldaround

Kevin Khayat-Louis

Ingénieur en génie urbain, parti au Brésil

 Institut Jaime Lernet à Curitiba

Laure Garel worldaround Urbaliste.fr

Laure Garel

Urbaniste partie en Argentine

CoPE - Conseil de Planification Stratégique de Buenos Aires

Entre Brésil et France... Lorsqu'on revient sur tes premiers pas dans le monde professionnel, on part des deux côtés de l'Atlantique...

Entre France et Amérique(s)... Lorsqu'on revient sur ton expérience professionnelle, on part également de l'autre côté de l'Atlantique, trois ans au Québec et deux en Argentine...

« Des deux côtés de l’Atlantique », tu ne crois pas si bien dire ! Je suis né à Dakar, capitale du Sénégal, où j’ai grandi et passé toute ma scolarité. A 18 ans, le bac en poche, je « m’expatrie » en France pour pouvoir mener à bien mes études d’ingénieur. J’intègre l’UTC (Université de Technologie de Compiègne, dans l’Oise), et j’y choisis la branche Génie des Systèmes Urbains, qui m’attire particulièrement car offrant une formation à la croisée de l’urbanisme et de l’ingénierie.

Au cours de ce cursus, nous sommes très fortement encouragés à effectuer un semestre d’échange à l’étranger, pour compléter notre formation et nous ouvrir à ce qui se fait ailleurs que sous notre nez. Dans le même temps, il se trouve que je me lie à une jeune Brésilienne venue elle-même en échange… je te vois sourire devant ton écran ! Mais tu as déjà compris : quand elle quitte l’UTC, je décide de tenter d’effectuer mon semestre d’échange dans sa ville, Juiz de Fora, dans le Minas Gerais brésilien, à quelques heures au nord de Rio. Je me lance en parallèle dans des cours de Portugais dispensés par mon École. Mais au-delà des sentiments, il y a aussi un choix réfléchi : le Brésil est un pays qui m’attire, de par son métissage et son histoire. C’est aussi un pays en croissance explosive, et j’ai la conviction qu’un bel avenir s’y prépare, que les besoins dans mon domaine y seront innombrables et précieux pour qui relèvera le défi.

Ma candidature est retenue, et j’étudie à l’Université Fédérale de Juiz de Fora pendant huit mois. J’y découvre une culture passionnante, un peuple adorable, parle presque couramment portugais brésilien au terme de mon séjour, et ne compte pas en rester là : le directeur de mon département, lui aussi passionné par le Brésil, me fait part d’un partenariat en cours de consolidation entre la Région Picardie (à l’époque) et la ville de Curitiba, dans le Paraná (bien plus au sud). Notamment, l’Institut Jaime Lerner, basé dans cette ville, cherche un stagiaire de l’UTC pour renforcer cette alliance. La renommée de cette ville est parvenue jusqu’à moi, celle de Jaime Lerner également : fervent défenseur d’une « acupuncture urbaine » (ou urbanisme tactique) qu’il applique au sein de son bureau d’architectes et d’urbanistes,  ancien maire de la ville et gouverneur de l'État du Paraná, Jaime a largement contribué à forger la renommée de Curitiba, avec entre autres choses la création du premier Bus à Haut Niveau de Service au monde en 1974. Une occasion comme celle-là est trop belle pour être ignorée : je ne suis même pas encore rentré en France que j’entame déjà les (épiques) démarches pour m’ouvrir la voie de cette expérience et la valoriser en tant que stage de fin d’études. Bien épaulé, j’y arriverai finalement et repartirai au Brésil six mois après la fin de mon échange à Juiz de Fora.

Je vis à présent à Paris avec ma compagne (la même !), où je travaille en maîtrise d’œuvre sur la future ligne 18 du métro du Grand Paris.

Mon parcours est un peu une suite d’événements qui ont poussé à des décisions réfléchies mais un peu impulsives. Tout commence à l’université, lors de la deuxième année de Licence en Géographie de l’Université Michel de Montaigne (Bordeaux), quand avec un ami nous parlions de faire notre troisième année à l’étranger. J’avais très envie de partir pour l’Italie mais sans parler un mot d’italien, c’était compliqué. La professeure qui s’occupait de choisir les universités et les élèves qui allaient faire un échange, m’a alors proposé le Québec et l’Université Laval. Une année plus tard, ayant terminé la troisième année, faite en échange, je suis revenue en France durant l’été pour choisir un Master en Urbanisme. A ce moment, mon instinct m'amenait à réaliser uniquement des candidatures ciblées. Je voulais entrer à l’Université de Grenoble qui offrait une possibilité de Master en Urbanisme avec une partie internationale (j’ai toujours été attirée par la possibilité de vivre dans d’autres pays). Cependant pour différentes raisons, j’ai été informée que je n’avais pas été retenue. J’ai donc contacté mon université canadienne et j'ai obtenu une place en Master en Aménagement du Territoire à Québec. À la fin de la première année, j’ai effectué le stage obligatoire dans une petite municipalité riche en patrimoine proche de Québec, stage qui s’est transformé en emploi permanent, durant ma deuxième année de Master et après.

Hic ou chance, j’étais, et je suis, amoureuse d’un argentin. Donc après un peu plus de trois belles années au Canada, entre études et travail, c’est le départ pour l’Argentine. Au bout de quelques mois nécessaires pour apprendre l’espagnol, j’ai trouvé deux premiers « mi-temps » dans des ONGs spécialisées sur les questions métropolitaines et urbaines. Ces postes m’ont permis de rentrer dans le cercle « urbanistique » de Buenos Aires et de finir par trouver un emploi à la ville comme coordinatrice des dimensions métropolitaine, physique et économique du CoPE (Conseil de Planification Stratégique), constitué par des organisations de la société civile de la Ville de Buenos Aires. Nous avons, en 2017, effectué le Plan Stratégique Participatif Buenos Aires 2035 (PEP 2035) qui vise à proposer au  gouvernement les lignes d’action à suivre dans les domaines urbanistiques, de gouvernance, sociaux, ou encore économiques, à court, moyen et long terme. En plus de travailler en planification stratégique, le CoPE bénéficie d’initiatives parlementaires (la ville est autonome et a sa propre assemblée) et propose donc des lois dans les thèmes qui lui correspondent au sein de ce Parlement (urbanisme, environnement, économie, social, institutionnel, genres, handicaps, etc.).

Comment s'est déroulé ton stage au Brésil, au sein d'une agence qu'on pourrait même qualifier de prestigieuse ? Quelles ont été tes missions ?

Le fait d'être urbaniste, d'origine et de formation françaises, est-ce une force, un atout au quotidien ? 

À Curitiba, j’ai découvert la notion d’acupuncture urbaine. Dans nos contrées, on parle aussi d’urbanisme tactique. Tout comme l’acupuncture médicale le prétend, le principe de base est d’identifier un point faible de la ville et d’y réaliser une intervention bien choisie, soigneusement ciblée, rapide, afin d’améliorer le fonctionnement d’une région plus importante. Pour les défenseurs de cette idée, la ville est assimilée à un organisme vivant, de telle manière qu’agir sur une zone dévitalisée en lui apportant un « coup de pouce » peut la régénérer et lui donner un rayonnement qui s’étendra bien au-delà de ses propres limites. Parmi les caractéristiques d’une acupuncture urbaine figurent également le faible coût, l’exécution rapide, et une appropriation par les citoyens, créant ainsi de la vie et un sentiment d’appartenance.

Au cours de cette expérience, j’ai donc pu mettre pleinement en pratique cette notion. J’ai pris part au développement de plusieurs projets, à des échelles différentes. Par exemple, à l’échelle d’un quartier de Curitiba, j’ai participé à un projet de revitalisation d’un ancien moulin industriel laissé quasiment à l’état de friche urbaine. Après avoir réalisé un état des lieux des opportunités et points faibles du quartier, j’ai participé à l’élaboration de lignes directrices menant à notre proposition finale : ressusciter ce moulin en un espace attractif et ouvert, tournant autour de l’économie créative et de la promulgation de la culture, tout en préservant et en mettant en valeur son patrimoine architectural industriel.

Je dirais que oui, c’est exotique et attire l’attention. Les avantages, en Argentine, sont de venir d’universités « du premier monde » et de connaître ce qui se fait ailleurs. Les inconvénients existent aussi, quand on est tout jeune professionnel et fraîchement arrivé, il faut se faire tout un réseau, et parfois travailler comme volontaire pour arriver à trouver un emploi dans notre domaine. Ça forge un peu le caractère et oblige à sortir de sa zone de confort.

Au Canada, je ne sais pas si c’était un avantage. De plus, ayant étudié dans une université canadienne, la formation était automatiquement reconnue. Quand j’étais responsable de l’urbanisme de petite municipalité, j’ai eu le droit à certaines réflexions, pour être jeune, femme et étrangère. Mais jamais rien de bien méchant et j’ai toujours pu affirmer mes décisions et assurer le meilleur travail que je pouvais.

En ce qui concerne les règlements d’urbanisme et les lois, dans un premier temps ce n’est pas un avantage, il y a tout à revoir et réapprendre. Cependant, au Canada, connaître le droit urbanistique français est fondamental car le droit canadien est quelque peu basé parfois sur le droit français. Il y a beaucoup de variantes, mais à mon sens, on reconnaît beaucoup l’influence française malgré certains détails anglo-saxons.

Que t'a apporté et t'apporte encore ton expérience à l'étranger ?

Tout d’abord, j’ai rapporté dans mes valises cette notion d’acupuncture urbaine, pas foncièrement brésilienne mais que j’ai découvert et appris à pratiquer là-bas. Plus généralement, cette expérience m’a permis de creuser les fondations de ma pensée professionnelle, et non plus seulement académique. Les valeurs défendues au sein de l’Institut ont et auront un profond impact sur le regard que je porte sur la ville et sur mon approche face à un projet urbain, quel qu’il soit, que j’y prenne part ou non.

Mon séjour à Curitiba m’a permis de sortir du champ théorique, et de constater qu’il est possible d’œuvrer pour une mise en place efficace avec des conséquences tangibles. Au final, je trouve que les notions contenues dans l’acupuncture urbaine se rapprochent d’un urbanisme « idéal » que l’on a tendance à vanter en France. Mais j’ai un peu l’impression que ces belles notions restent souvent sur le papier, pour « faire bien » dans les appels d’offre. Je pense que ce qu’il nous manque actuellement, ce ne sont pas les idées, c’est la conviction de devoir les réaliser. Parfois hardiment, en bravant la bureaucratie qui nous cloue au sol, et en osant porter l’innovation plus loin que sur le papier. Les projets d’occupation temporaire, une pratique en plein essor, pourraient être un point de départ très intéressant. Voilà le fond de ma pensée : « mieux vaut l’allégresse de la découverte que la frustration de l’inconnu » (Jaime Lerner, bien entendu ;-) ).

Jaime Lerner Arquitetos Associados

L'Institut Jaime Lerner, autrefois sa résidence, un lieu à découvrir par ailleurs

Si l’on ne se restreint pas au champ professionnel, je pense qu’il est toujours bon d’aller voir ailleurs. Il y a évidemment eu un choc culturel : à l’obstacle naturel de la culture d’entreprise à apprivoiser lors d’une prise de fonction classique, s’ajoutaient pour moi vocabulaire technique, habitudes culturelles et méconnaissance du territoire. Les membres de mon équipe ont toujours su m’accompagner dans mon adaptation.

Les Brésiliens sont un peuple adorable et très ouvert dès le premier contact. Comme à chacun de mes voyages, j’en ai rapporté une plus grande ouverture d’esprit et une conscience accrue qu’il existe différentes manières  de faire les choses, avec leurs bons côtés et leurs vices. Cela permet d’avoir un certain recul sur sa pratique quotidienne une fois rentré chez soi, et ainsi, d’être un professionnel à chaque fois un peu plus conscient et averti.

Ces deux expériences sont plus qu’enrichissantes. Premièrement, il y a l’humain, ce sont toutes deux des cultures à la fois proches de la nôtre et distantes. J’ai la chance d’avoir des amis dans trois pays différents, de parler trois langues et même le québécois ! Les façons de vivre le territoire et la ville sont très différentes de la France. L’automobile prend beaucoup plus de place, la densité est moins importante (surtout au Québec), les transports en commun ne sont pas forcément une priorité ; à titres d'exemples.

Au Canada, le cadre réglementaire est assez complet et respecté. En Argentine, je ne pourrais pas dire la même chose. Les opportunités financières priment un peu plus que le reste sur les décisions. L’environnement n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur et les inégalités sociales touchent une population plus grande qu'en France et au Canada. Ces inégalités sociales créent d’autres défis. Les « villas » (bidonvilles locaux) sont réparties dans toute la ville et l’agglomération, elles se mélangent au reste du tissu urbain et posent des problèmes d’accès aux services de base (eau, égouts, électricité, services sociaux, etc.). Le gouvernement travaille sur les possibilités d’intégration de ces quartiers marginaux et de leurs populations, mais ce n’est pas un sujet facile. Il s’agit donc d’apprendre à travailler avec d’autres réalités qui ne sont pas forcément celles étudiées à l’université.

Ah, à ce titre, il conviendrait de rajouter qu'en Argentine, le métier d’urbaniste est surtout un métier d’architecte, étudié en une seule matière lors de la dernière année d'études en architecture. Seulement une université, depuis 2010, propose une formation universitaire complète en urbanisme.

Laure Garel Plan Estrategico Buenos Aires

En plein échange (convivial !) à COPE, sur le Plan Estratégico de Buenos Aires

Quelles sont à ton sens, les principales différences de fonctionnement, de culture propres à l'urbanisme et à la création urbaine, aux processus de travail qui ont dénoté dans le(s) pays d'Amérique où tu es allé(e) t'expatrier, par rapport à la France ? On est en quête d'une anecdote, d'un élément de fonctionnement un peu atypique que tu aurais noté de par ton parcours professionnel sur le continent américain...

Jaime défend des concepts qui peuvent sembler logiques en France, dans la continuité d’une dynamique portée vers le développement durable, et que j’ai ressenti comme étant en phase avec ma formation. Mais au Brésil, les mentalités sont encore très différentes.

Je m’explique. Je suis arrivé à Curitiba avec mes notions d’ingénieur-urbaniste « à la française », assez proches des valeurs que Jaime Lerner défend lui-même. Je pense à un projet en particulier où je me suis tout à fait retrouvé en phase avec la narrative proposée par Jaime : un quartier en périphérie de Curitiba à faire sortir de terre, alors partagé entre terrains vagues et quelques résidences ultra-sécurisées type « gated communities » nord-américaines.

Nous présentons au client une proposition basée sur plusieurs de nos valeurs : ouverture de l’espace, importance capitale du piéton, commerces en rez-de-chaussée, mixité d’usage, mixité sociale, urbanisation progressive à partir d’un « centre de quartier » mis en place en urgente priorité… Pour plusieurs raisons qu’il me serait trop long d’exposer ici, ces valeurs ne sont aujourd’hui pas compatibles avec le contexte socio-économique brésilien, bâti autour d’une sécurité ostentatoire (grilles électrifiées, murs, barbelés…) et du culte de l’automobile (oui, pire qu’en France !). J’ai pris conscience de cette particularité du contexte brésilien suite au refus du client qui m’a fortement déboussolé. J’ai également pris conscience du fait que Jaime Lerner est encore avant-gardiste dans son pays, et qu’un urbanisme dépeint comme idéal en France n’est pour l’instant pas adapté au Brésil. Ce fut une période de remise en question cruciale lors de mon expérience brésilienne. Pour l’anecdote, l’aménagement du quartier a néanmoins pu se poursuivre sous l’aspect d’une conciliation : il vaut parfois mieux trouver des compromis dans le but d’améliorer les choses pas à pas plutôt que de chercher à faire un grand saut auquel personne n’est préparé.

Une note un peu plus légère ? Pour délimiter les couloirs de circulation de sens différents, les routes à double sens se distinguent des routes à sens unique par un marquage au sol de couleur jaune au lieu d’être blanc. Pour le piéton comme pour l’automobiliste, c’est une information de valeur et facilement accessible, juste sous nos yeux !

Comme je le disais avant, les différences sont grandes. Il faut premièrement tenir compte du fait que ce sont des pays « jeunes », les colons sont arrivés dans les années 1600-1700 et ont un peu fait table rase de ce qui existait des peuples indigènes pour construire leur villes. Les centres-villes (historiques), dans les deux cas, sont des noyaux relativement denses, où sont situés les bâtiments gouvernementaux et les sièges des entreprises. Cependant, la ville ou l’agglomération « moderne » se construit peu dense et s’étend sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres (dans le cas de Buenos Aires). Le désir de la maison individuelle est très présent, même si on commence à noter des changements. De plus, en Argentine, existent des formes d’urbanisations bien différentes des nôtres. Il y a l’exemple des « barrios cerrados » sortes de « gated communities » américains, à la Desperate Housewives. Et l’exemple des « villas » ressemblantes aux plus connues favelas du Brésil, qui abritent une population d’immigrants nationaux comme des pays limitrophes, de travailleurs informels et parfois de narcotrafiquants.

Au Québec, je pense qu’un des principaux défis est de résoudre les questions de mobilités, dans le but de passer à des carburants plus respectueux de l’environnement et de développer le transport en commun dans les premières et deuxièmes couronnes, malgré les faibles densités. Dans d’autres domaines, il me semble que le chemin est assez tracé et que les objectifs de respecter l’environnement, de protéger les terres agricoles et le patrimoine, ainsi que de développer les espaces publics sont assez présents dans la tête des professionnels.

En Argentine, il reste beaucoup à faire, aussi bien en matière de logement, de milieu de vie, de transports en commun, d’environnement et même de formation de professionnels. La corruption est encore bien présente et les intérêts des développeurs immobiliers trop souvent assouvis. A Buenos Aires, il n’y a toujours pas d’accord trouvé pour former une région métropolitaine avec un organe institutionnel responsable. Pour l’instant, les questions métropolitaines se règlent grâce à l’alignement politique actuel (depuis 2015) entre les différentes juridictions (Ville autonome de Buenos Aires, Province de Buenos Aires et État National). Cependant, rien n’assure une continuité après les prochaines élections. Il n’y a pas non plus de politique intégrale qui permettrait de regarder l’ensemble du décor pour parvenir a des solutions plus durables.

Quand j’y pense, il y a plusieurs faits anodins qui me viennent en tête. Mais le plus actuel est que la Ville de Buenos Aires se trouve en pleine élaboration de son nouveau Code Urbanistique (sorte de PLU) qui date de 1977. Or, cette étape est, généralement, celle qui suit l’élaboration ou l’actualisation du « Plan Urbain Environnemental » (sorte de SCOT). Le fait est que le gouvernement a décidé de travailler directement sur la révision du Code sans réviser le Plan. La ville est donc en train de définir les normes qui vont régir les constructions et les usages dans les prochaines années, sans avoir déterminé les orientations générales de l’organisation de l’espace de la ville.

Et au final, à la lueur de tes expériences à l'étranger, tu te sens d'où ?

Ou d'ailleurs ?

Une des questions les plus difficiles que l’on peut me poser, c’est « tu te sens d’où ? » ou « c’est quoi ton pays ? ».

Et au final je me dis… pourquoi choisir ? Je suis de tous les endroits qui me constituent, mes racines sont françaises et libanaises, mon enfance et mon adolescence sont sénégalaises, ma maturité en tant que jeune adulte est française et brésilienne. Et je suis tout cela à la fois… pour l’instant :)

C’est difficile… Voilà maintenant presque 6 ans que je suis partie. J’étais étudiante et très jeune adulte, j’ai dû grandir un peu plus vite que prévu et surtout m’adapter deux fois à des nouvelles cultures. Ma vie d’adulte, de professionnelle, jusqu’à présent je l’ai passée à l’extérieur. Je pense que je me sens toujours française, car c’est mon origine, mon enfance et le pays où vit ma famille. Par contre ma vie d’adulte et de responsabilités je l’ai apprise ailleurs. J’ai même un drôle d’accent, entre expressions québécoises et « porteñas ». Pour moi je suis un peu des trois pays, plus française mais aussi un peu québécoise et un peu argentine.

Ton avenir, où l'imagines-tu ? Ailleurs ?

Je l’imagine où le vent me portera. Je ne me fixe pas de limites, je suis ouvert aux opportunités.

Dans ma vie professionnelle, trois choses me sont fondamentales : apprendre, défendre une cause en laquelle je crois, et œuvrer à cette cause au contact de personnes qui regardent dans la même direction que moi.

Participer à l’expansion du métro de Paris, et plus largement, à l’élaboration de solutions de transports performantes et innovantes, tel que je le fais actuellement, répond à ces trois critères. Cela dit, je n’exclue pas l’idée de retourner un jour vers le domaine de l’urbanisme, en me concentrant notamment sur le thème de l’intégration de l’art et de la culture dans la ville. Que ce soit en France, au Brésil, au Sénégal, au Liban… ou ailleurs ?

2 2 Brésil

L’idéal serait un retour en Europe, la France et l’Espagne sont mes favoris mais je reste ouverte. J’aimerais bien travailler avec un organisme international ou du moins garder un lien avec les Amériques et pourquoi pas, en créer avec d’autres contrées. Et c'est d'ailleurs ce que je fais finalement : depuis mi-août, je suis en mission pour UN-Habitat à Nairobi, Kenya. J'y travaille sur un projet d'élaboration de Plan d'urbanisme pour différentes villes Haïtiennes. Je retournerai à Buenos Aires au courant de l'année prochaine. J’ai pris goût à découvrir de nouvelles cultures et de nouvelles formes de travail…

Perito Moreno

Salinas Grandes

Le glacier Perito Moreno & Salinas Grandes, parce que l'Argentine, c'est également de nombreuses découvertes...


 

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