#Service Civique #4 | Géographes hors-les-murs

Une jeune, toute jeune expérience au service de l'intérêt général, de la ville, des habitants, de l'évolution des politiques, des pratiques... Tant dans leur lien au territoire, qu'au tissu associatif, les services civiques prennent des initiatives au quotidien pour l'intérêt général. Dix urbanistes, architectes, géographes et pros de l'environnement ont plongé, ou replongé dans leur expérience de service civique.

Parmi eux, on retrouve deux géographes partis explorer un service civique, au-delà de leur pays ou de leur discipline de confort.         Quelques expériences de service civique auxquelles, peut-être, vous n'aviez pas pensé. À tort.

Parti une année au Viêt Nam, dans le cadre d'un projet de coopération internationale, Kevin y a vécu un voyage et une expérience de travail intenses. Quant à Roxane, géographe du littoral, c'est dans l'éducation scientique qu'elle s'est engagée, pour Les Petits Débrouillards.

Au-delà d'un service civique classique, leurs entretiens témoignent d'une belle et nouvelle ouverture d'esprit, acquise par le service civique. L'ultime volet de nos interviews sur le service civique, se dévoile à travers leurs écrits.

Kevin girard service civique vietnam

Kévin Girard

Géographe, en service civique pour l'Organisation de Solidarité Internationale Côtes d'Armor - Viêt Nam

(association de coopération internationale)

Roxane Boullard #ServiceCivique

Roxane Boullard

Géographe du littoral, en service civique pour l'association 'Les Petits Débrouillards'

 (association d'éducation scientifique)

A l'origine, qu'est-ce qui t'a amené(e) à te lancer dans un service civique ?

Dès le début de mon master de Géographie spécialisé sur les pays en développement, j’ai tout de suite senti en moi une double volonté : apprendre du monde qui m’entoure tout en aidant des personnes grâce à mon travail.

C’est ainsi que lors de mes deux expériences de terrain, à Dakar [Mémoire de recherche pour l'Université Paris Diderot] puis à Lima [EMMSA], j’ai travaillé en collaboration avec des acteurs institutionnels du secteur. Cette collaboration avait pour but de leur fournir des pistes d’améliorations voire même des documents de réflexion stratégique grâce aux entretiens effectués auprès d’autres acteurs ou bénéficiaires des secteurs étudiés. Ce recueil de témoignages avait également comme objectif de leur « donner la parole » et ainsi tenter d’améliorer ce qui pouvait ou devait l’être. Même s’il est difficile de défendre les intérêts de chacun, j’ai voulu œuvrer à ce qu’un rapprochement ait lieu.

C’est pourquoi cette mission de service civique en tant que chargé de programme aide au développement et santé au sein de l’Organisation de Solidarité Internationale Côtes d’Armor – Viêt Nam ressemblait au mariage parfait entre mes envies ou ambitions et les valeurs que je cherchais à défendre.

Je connaissais le service civique depuis quelques années et j'aimais l'idée de m'engager sur une mission auprès d'une association, et en même temps de pouvoir développer mes compétences dans un domaine qui correspond à mon projet professionnel ou dans un domaine nouveau que j'avais envie de découvrir (voire un peu les deux à la fois).

Lorsque j'ai obtenu mon diplôme et que je me suis lancée dans la recherche d'un emploi, j'ai enfin réalisé que j'allais devenir non plus une étudiante mais une professionnelle ! Cette idée m'a effrayée car je n'étais pas sûre de moi : je n'avais pas confiance en mes compétences, j'avais peur de ne pas être à la hauteur, de manquer d'expérience... Et j'ai donc décidé de chercher une mission de service civique.

C'était un moyen de me rassurer, car il y a un aspect formateur dans le service civique. On a encore le droit à l'erreur, le droit d'apprendre et de ne pas être tout à fait douée du premier coup. Mais je l'ai fait également pour essayer quelque chose de nouveau.

Au fil de tes recherches, comment en es-tu venu(e) à te lancer dans ce service civique en particulier ?

Jeune diplômé, j'étais à la recherche de ma première expérience professionnelle en dehors du cadre universitaire. Dans la continuité de mes travaux réalisés lors de mon master et en relation directe avec mes connaissances ainsi que mes compétences, je voulais que celle-ci ait lieu à l'étranger. C'est lors de cette recherche que j'ai été amené à découvrir, sur le site du gouvernement, les offres de service civique, notamment celles à l'étranger. Après avoir déposé quatre candidatures pour des missions partout dans le monde (Sénégal, Colombie, Thaïlande et Vietnam) et avoir manqué de très peu la mission pour la Thaïlande, j'ai été sélectionné pour celle au Vietnam pour laquelle j'ai signé les papiers d'engagement le jour même ! Pour la petite anecdote, mon père y est né alors je me devais d'y aller un jour et quoi de mieux que d'y réaliser une mission solidaire pour découvrir le Vietnam !

J'ai un master en Expertise et Gestion de l'Environnement Littoral. Au cours de cette formation, j'ai appris à comprendre et à investir des problématiques liées aux territoires littoraux : la gestion des risques côtiers et l'étude des risques d'érosion ou de submersion marine, la gestion d'aires marines protégées, la protection du littoral (dunes, marais, plages, falaises...), la valorisation des territoires et des projets de développement territoriaux sur le littoral, etc..

Un élément transversal, essentiel à mon avis, c'est la nécessité de la concertation et l'importance de la communication et de la médiation. C'est ce qui me plaisait le plus et le domaine dans lequel j'étais la meilleure.

J'ai donc rapidement pensé en sortant de mon master : « et si j'étais faite pour faire de la médiation ? Et si je m'essayais à la vulgarisation scientifique et à l'éducation à l'environnement ? »

Reprendre une formation spécifique dans ce domaine ne m'interressait pas mais le service civique était une occasion révée pour moi de m'en approcher et de m'y essayer. J'ai donc tout de suite ciblé ma recherche vers des missions d'éducation, d'animation et de communication.

 

Ton service civique, en quelques mots ou paragraphes ?

Lors de cette mission de 11 mois dont 10 à l’étranger, j’étais chargé des programmes aide au développement et santé de l'Organisation de Solidarité Internationale (OSI) Côtes d'Armor - Viêt Nam (CAVN). Cette dernière œuvre depuis plus de vingt ans déjà en faveur de la coopération entre le département des Côtes d'Armor et les provinces de Nghê An et de Hà Tinh, dans les domaines de la francophonie et des relations internationales en plus des deux programmes cités précédemment. Concernant les deux volets dont j’avais la charge, le premier permet d’une part, à des familles en difficulté d’accéder à des micro-crédits à taux zéro afin qu’ils puissent réaliser des micro-projets et ainsi mettre en place une activité génératrice de revenus et d’autre part s’évertue à ce que des enfants issus de familles défavorisées puissent continuer à être scolarisés grâce au versement de bourses de parrainage tous les trimestres. J’ai été plus précisément en charge de la relance puis du développement du programme après une année de négociation qui s’est conclue par la signature d’une convention cadre avec notre principal partenaire local, l’Union des Femmes.

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Réunion de travail avec l'Union des Femmes (analyse financière du projet)

Cette relance comprenait un travail de recueil et d’analyses de terrain, de rédaction des fiches micro-projets, de visites au sein des familles ainsi que le développement d'actions de parrainages. Le second volet s’intéresse principalement à l’organisation de missions d’échanges entre des médecins vietnamiens et leurs homologues français ainsi qu’au renforcement de capacité d’un projet humanitaire local venant en aide à des malades atteints de la tuberculose et leurs familles.

En parallèle de cette mission, j’aidais ponctuellement à l’organisation et participais au sein de l’équipe encadrante à l’ensemble des événements francophones organisés par l’OSI CAVN. Cela m’a permis d’être en contact avec les jeunes francophones de Vinh et de passer d’incroyables moments en leur compagnie (notamment à Noël ou lors de la fête de la francophonie).

J’ai vécu une magnifique expérience au Vietnam. Professionnellement tout d’abord, parce que c’est ça que j’étais venu faire avant tout mais aussi, voire surtout avec du recul, humainement. Au niveau professionnel, il m’a fallu un mois complet pour prendre la mesure de ma mission et enfin me sentir à mon aise. Au début, on n’arrête pas de se poser des questions, d’interroger nos référents, encore plus à l’étranger où il faut prendre en compte les différences culturelles qui existent, il faut être sûr de ce que l’on fait pour ne pas faire d’erreur dans la manière de se présenter, d’échanger ou de demander des choses à nos collaborateurs. Une fois à l’aise, j’ai pu mener mes différentes missions de manière très autonome tout en étant très bien accompagné par les membres de notre petite mais incroyable équipe. Je pense que le service civique offre un cadre idéal pour se tester professionnellement et humainement, en équilibre. Cette liberté m’a permis de découvrir une ténacité, une détermination à obtenir ce que je voulais lors de négociations avec nos actuels ou potentiels partenaires.

Concernant la notion de « sens » et toujours en accord avec ma volonté d’aider des personnes grâce à mon travail, les premières semaines, rencontres et lectures des dossiers sur les familles ont joué un rôle décisif. Il faut savoir que les deux provinces d’actions de l’OSI CAVN comptent parmi les plus pauvres du pays et le programme dont j’étais en charge était à destination des familles les plus défavorisées de ces provinces, le sens de ma mission était donc tout trouvé. Il n’était plus question de simplement faire son travail, il était essentiel de le faire ! Conscient et sur-motivé, il n’était plus envisageable pour moi de me plaindre de quoi que ce soit, aucune difficulté ne devait avoir raison de ma motivation et de la nécessité de répondre aux besoins de ces familles du mieux possible. Le travail que je devais réaliser allait être le plus utile qu’il m’ait été donné de faire ! Les visites que j’ai pu faire dans les différentes familles, que ce soit pour la mise en place d’un micro-projet ou pour les dossiers de parrainages m’ont fait totalement relativiser sur les « problèmes » que nous avons dans nos vies occidentales. Le courage, la détermination mais aussi la fierté dont ces familles vietnamiennes font preuve tous les jours malgré leurs situations, parfois dramatiques, m’ont rendu nettement plus humble, conscient de ma chance. 

J'ai effectué mon service civique de 6 mois chez Les Petits Débrouillards à Lorient. Les Petits Debs sont une association que l'on retrouve dans de nombreuses villes de France, qui possède un vaste réseau et s'investit dans des actions très variées. Les principes au cœur du fonctionnement des Petits Débrouillards sont de rendre accessibles toutes les sciences et techniques pour tou.te.s et donner le goût de la démarche scientifique par la pratique et l'amusement, entretenir et cultiver le plaisir et la curiosité, développer l'esprit critique et favoriser l'implication active.

Ma mission de service civique s'intitulait : « Accompagner la valorisation de projets de culture scientifique et technique et aider à l'organisation d'évènements ». C'est une mission récurrente que les Petits Débrouillards proposent tous les 6/8 mois à peu près pour donner l'occasion à des jeunes de découvrir l'asso, de se former à l'animation et à la médiation scientifique et d'apporter un soutien aux activités de l'asso. Sur une petite antenne comme celle de Lorient, cette aide est précieuse.

 

J'avais comme tâches de gérer la communication de l'antenne sur les réseaux sociaux, sur le site internet et IRL par de l'affichage, de la distribution de flyers et de l'animation sur des stands tous publics (animation de rue, festivals). J'ai également été formée à l'animation scientifique et j'ai participé à des animations et à leur préparation lorsque les animateur.rice.s permanent.e.s avaient besoin de renfort. J'ai même eu l'occasion d'organiser et d'animer moi-même 2 jours complets sur la thématique du littoral pour des enfants de 6 à 12 ans.

 

Roxane Boullard #ServiceCivique_

 

On m'a également confié l'organisation, dans le cadre de la fête de la science, d'un café-débat sur le thème de l'avenir de l'alimentation et celui du potentiel des nouveaux produits alimentaires, tels que les insectes ou les algues. On m'a également fait confiance pour la mise en place d'une conférence sur les énergies marines renouvelables. J'ai été en charge de ces projets de A à Z.

 

Ça a été très enrichissant et varié. J'ai eu l'occasion d'éprouver ma polyvalence, de découvrir de quoi j'étais capable et d'apprendre de nouvelles façons de communiquer et d'animer.

 

 

Une telle expérience est également faite de rencontres. Quelles ont été les tiennes ? 

Comme je le disais plus haut, cette expérience a été humainement très intense.

Il y a tout d’abord eu mes collègues qui sont maintenant mes amis. Notre équipe était composée de cinq personnes, trois volontaires français avec un collaborateur vietnamien sur le terrain accompagnés de notre référent de mission en France. Nous avons passé un nombre d’heures incalculables ensemble. Que ce soit pour savoir quelle stratégie adopter pour tel ou tel projet ou pour refaire le monde. Ils m’ont permis de gagner en ouverture d’esprit ainsi qu’en confiance en moi. 

Encore une fois, rencontrer toutes ces familles m’a permis de relativiser un grand nombre de choses, de faire preuve d’une plus grande empathie, d’être plus patient et surtout de croire au pouvoir que possède chaque individu. Cela m’a permis d’évoluer sur le plan personnel. Grâce à cette expérience, je suis nettement plus mature, posé, réfléchi et responsable. Alors oui, j’avais déjà réalisé des expériences à l’étranger mais cette année au Vietnam est de loin l’expérience la plus marquante et significative que j’ai eu l’occasion de vivre jusqu’à présent.

Kevin girard 2 #ServiceCivique

Ma mission était essentiellement de communiquer et d'animer. Les rencontres ont donc été nombreuses.

Mais j'ai surtout rencontré une association que je ne connaissais pas et qui prône des méthodes d'éducation scientifique dans lesquelles je me reconnais : apprendre différemment, en pratiquant et en s'amusant, apprendre dans son quotidien, cultiver la curiosité et l'esprit critique.

Et j'y ai rencontré les membres de cette association qui y trouvent chacun.e un sens et qui apportent tou.te.s leurs grains de sel dans cette façon d'animer. Certain.e.s sont devenu.e.s des ami.e.s.

J'ai aussi rencontré des publics. Que ce soit les enfants, les jeunes, les personnes en situation de handicap, les parents, les festivaliers, les personnes hospitalisées, les étudiants, à chaque situation d'animation le public est différent et chaque fois il faut s'y adapter et trouver les bons mots pour qu'une même activité puisse amuser aussi bien les grands que les petits et que tou.te.s aient compris. J'aime cette diversité, on ne s'ennuie jamais.

A la lumière de ton expérience en service civique, quelles sont, à ton avis,  les opportunités qui s'offrent à toi ? En quoi ce service civique t'amène-t-il, en tant que jeune géographe, à te projeter dans ton avenir ?

Cette expérience m’a aidé dans le sens où, aujourd’hui, je sais que je suis capable de gérer une mission à forte responsabilité et intensité sur le long terme. J’en avais eu l’impression lors de mes deux expériences de terrain pendant mon master, mais cette fois-ci, il s’agissait d’un vrai travail, nettement moins dirigé.

Bien que je pense que le service civique ne soit pas très bien considéré par certains recruteurs à l’heure actuelle en métropole, j’espère tout de même que cette expérience pourra me démarquer des autres lors de mes prochaines candidatures. Il est important selon moi que les employeurs y voient une réelle expérience professionnelle. Les attentes de la part de mon employeur mais aussi des acteurs (institutionnels ou familles) avec qui j’étais en relation étaient à la hauteur d’un véritable emploi. Mon travail avait un impact direct sur la vie des familles, il était véritablement utile. Je suis persuadé que cette notion d’utilité sera importante dans mes futurs choix de carrière.

Kevin girard #ServiceCivique Vietnam

Aujourd'hui, je suis à nouveau à la recherche d'un emploi. La médiation scientifique me plaît toujours autant et je continue de travailler occasionnellement avec les Petits Débrouillards en tant qu'animatrice vacataire. Mais je suis maintenant prête pour un véritable emploi, dans mon domaine d'origine, qui m'a tout de même manqué durant ces quelques mois : la gestion de l'environnement et des territoires littoraux et maritimes.

J'ai beaucoup appris sur moi-même au cours de ce service civique. J'ai repris une grandre confiance en moi et en mes compétences. Je sais désormais de quoi je suis capable et je n'ai plus peur d'affirmer en quoi je suis douée. C'est un réel plus dans ma recherche d'emploi, j'éprouve moins de difficultés et de peurs, je réponds aux offres en sachant que je peux être la hauteur.

Mais j'ai aussi beaucoup appris dans mes relations aux autres et aux publics. J'ai enrichi mes capacités à communiquer auprès de tou.te.s et en adaptant mon discours à chacun.e et en employant des méthodes variées et ludiques.

En résumé, ce service civique a été pour moi une transition entre l'université et le monde du travail. Ça a été juste ce qu'il me fallait pour assumer que je ne suis plus une étudiante mais désormais une véritable professionnelle et me permettre de définir plus clairement mon projet. J'espère maintenant trouver un emploi dans le domaine de la concertation et/ou de la gestion de projet sur l'environnement marin, littoral ou sur les territoires côtiers et j'espère continuer à ma manière à cultiver la curiosité, l'esprit critique et l'implication active de tout un chacun dans des projets prometteurs.


 

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