Ateliers atypiques #4 | Participa(c)tifs

Urbanisme, atypisme, entreprise individuelle et collective... Ces indépendants innovent au quotidien pour la ville par l'émergence d'un urbanisme participatif. C'est ce qui les rassemble, chacun à leur échelle, dans la vie et l'évolution de l'atelier - participactif et atypique - qu'ils ont créé.

Dans ce volet #4 de nos interviews, retrouvez Pascal Hussonnois, architecte-urbaniste porteur du projet Territoires Communs, ainsi qu'Alice Pfeiffer, urbaniste passée par le Chili dans sa 'vie d'avant'. Tous deux épris d'une expertise entre plusieurs villes, doublée d'une envie de faire bouger les lignes d'horizons, ces deux créateurs solo jouent collectif et concerté.

Pascal Hussonnois | Territoires communs

Territoires Communs

Pascal Hussonnois - Urbarchitecte

 [Acteur de l'habitat participatif]

Alice Pfeiffer | Le Facteur Urbain

Le Facteur urbain

Alice Pfeiffer - Urbaniste

[Artisan du dialogue et de la dynamique collective à Rennes]

Atypique ou typique, votre parcours ? En quelques mots, vos cheminements professionnel et personnel avant l'agence ?

En préambule, on aimerait simplement que vous vous présentiez, vous, créateur ou représentant de votre atelier.

Pascal HUSSONNOIS / Urbarchitecte / entrepreneur-salarié au sein de la CAE Perspectives / créateur de « Territoires Communs, construire le participatif ensemble » / PERPIGNAN, département des Pyrénées Orientales, Occitanie-Pyrénées Méditerranée.

Avant « d’embrasser » la profession d’architecte puis celle d’urbaniste, j’ai été menuisier-ébéniste durant 4 ans en décrochant les diplômes du CAP/BEP puis le Brevet de Technicien en ouvrage bois dans le bâtiment. J’ai tenté de poursuivre par un BTS « architecture d’intérieure » (voie logique) et me suis essayé au concours d’entrée de l’école Boulle par deux fois (sur liste d’attente en 1983 et abandon en 1984). J’étais alors en 1ère année d’archi et loin d’être super motivé pour continuer.

J’ai finalement décroché le diplôme d’architecte DPLG en 1991, avec un projet qui reposait à la fois sur de l’urbanisme et de l’architecture autour d’une église.

Dès le diplôme terminé, j'ai intégré l’atelier Catherine Furet pendant un an. Un engagement de tous les jours avec de nombreuses « charettes » de nuit, essentiellement sur des projets de logements pour la RIVP rue PIAT (20ème arrondissement) et pour la RATP avenue de CLICHY (18ème arrondissement).

De 1992 à 2003, je suis entré à l’APUR (atelier parisien d’urbanisme) où j’ai forgé mes convictions d’aujourd’hui grâce aux travaux que j'ai réalisés : guide de l’espace public parisien, PLU de PARIS, analyses de quartier, des territoires habités du boulevard périphérique, de la ceinture verte, des terrains SNCF des Batignolles…

De 2003 à 2015, j’ai effectué des missions d’urbaniste pour des collectivités locales, la communauté d’agglomération de Saint-Quentin en Yvelines ex ville nouvelle des années 1970, et pour la commune du Barcarès ex station balnéaire du plan RACINE de 1965.

Ces douze années au sein de l’administration territoriale et des services techniques m’ont permis de confronter mes convictions dans le domaine de l’urbanisme stratégique. J'y ai également acquis des compétences en assistance à la maitrise d’ouvrage collective au travers de l’exercice de la concertation auprès de différents publics.

Le Facteur urbain est effectivement l’aboutissement d’un parcours assez atypique, à la confluence de l’urbanisme, la sociologie, la politologie, le droit public et la médiation !

J’ai fondé le Facteur urbain en 2017, après un parcours universitaire pluridisciplinaire (Sciences Po Grenoble, Faculté de Droit de Paris X Nanterre, Ecole d’Urbanisme de Paris) et des expériences professionnelles et citoyennes à des échelles d’action diverses (locale, nationale, européenne, internationale), sur des territoires variés (Tarbes, Toulouse, Grenoble, Paris, Rennes, Montreuil, Buenos Aires, Santiago du Chili…), et au sein de cultures professionnelles hétérogènes (collectivité locale, associations, ONG, entreprises, conseil de quartier).

Un tournant important a eu lieu en 2015 : après plusieurs années à travailler au Chili dans le droit international public et l’accès aux droits (des étrangers en particulier), je suis rentrée en France pour reprendre mes études et « bifurquer » vers l’urbanisme. Cette nouvelle direction peut sembler étonnante, mais demeure pour moi très cohérente : elle est issue d’une prise de conscience du fait que l’accès aux droits et l’utilisation de l’espace des personnes étrangères sur un territoire donné se matérialisent quotidiennement sous la forme d’inégalités socio-spatiales. Plus généralement, mes années passées à Santiago m'ont amenée à l’idée que « la ville est un lieu de sédimentation, voire de fossilisation des inégalités, qui inscrit dans sa structure et ses paysages le produit des rapports sociaux auxquels elle sert de cadre et de miroir » (Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Les ghettos du gotha. Au cœur de la grande bourgeoisie, Ed. Points, Coll. Enquêtes, 2010, p.42).

Agir sur cet état de fait insatisfaisant m’a conduite à l’urbanisme, pour penser les territoires et réfléchir à une fabrique de la ville démocratique et inclusive. C’est tout d’abord au sein du service habitat de Rennes Métropole que j’ai commencé à forger une approche solidaire du territoire, via le prisme de l’habitat ; c’est aujourd’hui à travers le Facteur urbain que je développe une approche inclusive, participative – et nécessairement expérimentale.

Atypique, votre atelier ?

Le temps est maintenant venu de présenter votre agence & l'activité atypique que vous portez au jour le jour.

« Territoires Communs, construire le participatif ensemble » est abrité au sein d’une structure de l’ESS, depuis 2015, avec le statut particulier d’entrepreneur-salarié. Je n’ai jamais prétendu avoir une culture d’entreprendre, 24 années de salariat n’aident pas véritablement à se préparer aux enjeux d’une entreprise.

C’est pour cela que je me suis rapproché de la CAE Perspectives, un bon compromis pour exercer à plein son coeur de métier (entrepreneur) et délester des corvées administratives aux services de la coopérative d’activités et d’emplois (salarié). Actuellement, je suis seul à porter Territoires Communs.

Au départ l’activité était essentiellement tournée vers l’urbanisme, avec la dimension participative fortement exprimée dans les réponses aux appels d’offres sur des PLUs. C’est depuis 2016, à l'issue d'une formation d’un an auprès de Stefan Singer, directeur de la SCIC HAB-FAB, que l’atelier porte essentiellement l’accompagnement de projets d’habitat participatif dans les Pyrénées-Orientales.

Le Facteur urbain est spécialiste en ingénierie de la concertation et médiation de projet ; késako ?! Cela signifie qu’il accompagne la maîtrise d’ouvrage (commune, EPCI, aménageur, bailleur social, promoteur…) pour concevoir et réaliser des projets avec des acteurs du territoire trop rarement pris en compte (habitant.e.s, associations, entreprises, commerçant.e.s, institutions éducatives…). Quels types de projets ? Des projets urbains, des stratégies de territoire (telles que la revitalisation des bourgs, la prospective territoriale…), des conceptions d’équipements, des projets de renouvellement urbain, etc.

Le Facteur urbain est atypique et apporte une approche nouvelle en cela qu’il fonde son accompagnement sur la compréhension de chacun des acteurs d’un projet et sur sa capacité à faire consensus entre eux.

La médiation de projet se situe au cœur de l’action du Facteur urbain. Ce sont précisément mes différentes casquettes qui constituent mon atout majeur pour y parvenir. Urbaniste spécialiste du développement des territoires, formée à la politologie, la sociologie, le droit public, militante associative de longue date éprouvée au travail de terrain, médiatrice professionnelle spécialiste des conflits de voisinage et du vivre-ensemble, ancienne agente contractuelle dans la fonction publique territoriale, ancienne chercheuse universitaire… autant de casquettes qui fondent la capacité du Facteur urbain à saisir les enjeux politiques, sociaux, économiques, techniques et spatiaux de tout projet territorial, à l’échelle du quartier ou de la métropole.

Se trouve ainsi renouvelé ce fameux « mode projet » plébiscité par le monde de la fabrique de la ville, et compris comme allant de soi, mais malheureusement trop souvent réduit à une discussion d’experts inaccessible aux bénéficiaires de ces projets : les citoyen.ne.s !

Ce « mode projet » est questionné et repensé pour introduire, via la concertation, une maîtrise d’usage légitime et indispensable, aux côtés des traditionnelles maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre.

D'où est venue l'idée ? Quelles ont été les inspirations, l'élément clé qui vous a amenés à vous lancer ?

L'origine du projet, s'il y a eu un événement de vie ou un 'tilt' d'où tout est parti.

 C’est en réaction à certains modes de faire - méthode top-down, concertation à minima, pas d’apport de la maitrise d’usage, aménagement « hors sol », absence de vision urbaine - que j’ai mesuré le besoin de revendiquer l'implication des actions sur la ville. En croisant les initiatives publiques avec celles des acteurs des proximités, je crois sincèrement qu'on peut décloisonner les univers afin de permettre à l’ensemble des acteurs de se comprendre et de s’hybrider.

Localement, je me suis rendu compte que les inégalités spatiales et territoriales se creusent, comme partout ailleurs en France. Des lectures comme les rapports de la Fondation Abbé Pierre avec les 15 millions de français fragilisés, mal logés, parfois dans des logements vétustes, les centre-villes anciens sous forme de Cellier rendent difficiles aujourd’hui le cadre de vie.

Dès la fin de mon contrat avec la commue du Barcarès, j’ai entamé une reprise d'études à l’université de Perpignan, en suivant un DU en Économie Sociale et Solidaire. En parallèle à mes études, j'ai rejoint la CAE Perspectives que j'évoquais plus tôt, coopérative incluse dans l’ESS.

Convaincu dès lors que l’économie collaborative peut être une chance pour les territoires et ceux qui les habitent, « Territoires Communs, construire le participatif ensemble » est conçu comme une sorte « d’engrenage » aux pratiques participatives et à l’émergence de projets participatifs dans les domaines de la ville et de l’habitat.

Territoires Communs | Logo | Pascal Hussonnois

Comment expliquer Territoires Communs ? La commune est le premier territoire du « vivre ensemble ». C’est d’ailleurs le sens du mot « commun ». Ce qui nous appartient à tous et à chacun, ce qui s’offre à nous comme services à recevoir et comme services à rendre, ce qui nous est proposé comme partage culturel et responsabilité citoyenne.  

Comme vous commencez à le percevoir, le Facteur urbain est né d’un long cheminement, sur le plan professionnel mais également citoyen : il est issu de l’observation des inégalités socio-économico-spatiales sur de nombreux territoires en France et en Amérique latine, de l’expérience des méthodes participatives latino-américaines – mères de nombreux mouvements citoyens à travers le monde –, de la lecture de nombreux.ses auteur.e.s et praticien.ne.s de l’urbain questionnant et expérimentant de nouveaux modes de faire la ville.

Il est également issu de mes expériences associatives diverses – tournées vers l’accès aux droits, la médiation et la construction de politiques publiques plus justes –, de la coordination de nombreux projets et groupes humains dans des contextes variés, de mon expérience dans la fonction publique territoriale – source de compréhension des enjeux du public et de ses points d’achoppement –, etc.

Le Facteur urbain est finalement issu de mon désir de faire converger un ensemble d’expériences, de questionnements et d’engagements dans le sens d’une fabrique des territoires solidaire et source de cohésion sociale.

Le facteur urbain | Alice Pfeiffer | Logo

Le nom même de la structure n’est pas un hasard : un facteur est un passeur de parole, un médiateur dans son sens le plus strict. A la manière du facteur de Georges Moustaki, « messager » permettant à l’amour de voyager, le Facteur urbain fait voyager la parole de chacun.e pour construire des territoires urbains, c’est-à-dire civils, affables, courtois, polis, qui font preuve d'urbanité et témoignent d'un grand usage du monde.

Quelles sont les convictions que vous défendez ?

Les concepts clés qui vous tiennent à coeur, et pourquoi ces éléments méritent selon vous d'être au coeur de l'approche urbaine.

Une phrase que je cite à chaque présentation, en préambule : « Le plus beau métier d’homme est d’unir les hommes » d’Antoine de Saint-Exupéry.

Nous vivons une période de grands bouleversements dans tous les domaines de nos sociétés humaines : la généralisation de l’urbain et la dégradation du lien social, le changement climatique et les économies de conception, les crises systémiques et la paupérisation d’une grande partie de la population. À cela s’ajoutent les déséquilibres de plus en plus criants entre les métropoles et les espaces moins polarisés, l’austérité financière vis-à-vis des collectivités et le manque d’innovation en matière d’aménagement des espaces moins polarisés traduit par des modèles pseudo urbains déployés sans retenue.

Le bien-vivre ensemble sera l’élément clé face à ces changements. C’est pour cette raison principale, appuyée par de nombreuses lectures et réflexions, que les convictions profondes qui me portent passent essentiellement par la définition personnelle du développement soutenable grâce à :

  • la notion de frugalité (2011/ Jean HAËNTJENS économiste et urbaniste),
  • la gouvernance des projets et la conception participative (2014/ ville de SAILLANS),
  • la transition sociale et écologique des territoires (2012/ Eloi Laurent économiste).

Le schéma ci-dessous résume bien la définition des convictions portées par le projet « Territoires Communs » à partir des objectifs du projet :

1 : LA FRUGALITE / 2 : LA TRANSITION / 3 : LE PARTICIPATIF.

Convictions  | Territoires Communs

La maîtrise d’usage est un terme auquel je suis très attachée, car elle a le mérite de mettre le savoir citoyen au même niveau que celui accordé traditionnellement à la maîtrise d’ouvrage et à la maîtrise d’œuvre. Ce terme permet de se figurer l’articulation de la citoyenneté en tant que nouvel acteur, composite et en perpétuelle construction, aux côtés des acteurs traditionnellement légitimes pour penser et fabriquer de la ville. Il suggère que l’usager.ère, l’habitant.e, le/la citoyen.ne, mais également les professionnel.le.s au sein des associations, entreprises, commerces, etc., sont pleinement légitimes à participer à la fabrique de la ville, bien au-delà de l’acte de voter. Légitimes, mais également capables.

Laisser la place à la maîtrise d’usage doit nous amener à repenser l’ingénierie de projet – urbain en l’occurrence. « Penser projet » suppose bien de penser « au service de quoi et de qui le projet se construit, pas seulement « comment » et « quoi mettre dedans »1.

Un projet urbain est avant tout un projet de territoire. Or, un projet de territoire a cela de spécifique qu’il pose la question de l’identité de celui-ci : au-delà de la largeur de la rue principale de notre centre-bourg, qui sommes-nous et vers où voulons-nous aller ?

Penser et questionner le territoire via un processus de concertation assumé et abouti conduit alors à poser la question suivante : « avec qui réfléchir pour poser le bon problème ? ». Cela suppose toutefois d’admettre que le « projet » est en perpétuelle évolution, qu’il est, par essence, source de conflictualités, et que celles-ci peuvent être vues comme des potentialités créatrices plutôt que comme des blocages à invisibiliser.

Cela pose, enfin, la question suivante : « quel cadre pour que le commanditaire puisse s’assurer que ses objectifs seront remplis tout en laissant la place au prestataire d’apporter son expertise ? »2. Le renouvellement de l’ingénierie de projet passe nécessairement par une reformulation des consultations de marchés publics permettant l’expérimentation, la créativité, la surprise et l’adaptabilité.

1 Voir http://www.metropolitiques.eu/Et-si-l-ingenierie-urbaine-se.html

2 http://www.la27eregion.fr/wp-content/uploads/sites/2/2016/10/GUIDE_MARCHES_PUBLICS_03.pdf

Les projets sur lesquels vous apportez votre expertise, innovez ?

À ce moment de l'entretien, il est temps de dégainer vos réalisations !

Les territoires sont d’abord des géographies ; l’exercice des transformations de certains morceaux de villes nous engage dans l’emploi de l’outil de l’inversion du regard, c’est-à-dire de proposer de grandes infrastructures sous forme de continuités paysagères comme élément fédérateur des projets à venir. Ces convictions me sont apparues dès mes travaux sur la planification territoriale des PLU de Saint-Quentin-en-Yvelines et de Port-Barcarès.

Après la création de « Territoires Communs », j'ai mené plusieurs projets :

Commune de Saint-Nazaire en Roussillon (2016)

Pendant ma formation d’accompagnateur de projet participatif, un collectif de 6 familles me choisit pour réfléchir à un projet d’habitat participatif sur des terrains libres de toute construction, entre un tissu de maisons individuelles et un nouveau quartier tout fraichement réalisé dans sa 1ère phase.

« Territoires Communs » va donc accompagner ces personnes dans la définition de la raison d’être du projet (le quoi), la transcription d'une vision commune, le choix du lieu où le projet va se poser, la définition d’un pré-programme, l’analyse financière du collectif. Ce projet est depuis juillet 2016 en stand-by, le collectif ayant perdu trois familles.

St-Nazaire en Roussillon | Territoires Communs

Retour en images sur les ateliers à Saint-Nazaire-en-Roussillon (66)

Commune de Reynès

Recréer de la vie sociale, économique et culturelle autour du Pont de REYNÈS. Renforcer les différents réseaux qui existent entre la douzaine de VEÏNATS (hameaux) et les 10 points de rencontres constituant la commune de Reynès. Echanger, parler, partager un vécu et un territoire. Le renforcement des "communs" passe par une reconfiguration de la mobilité sur ce territoire morcelé, par une réhabilitation de l'habitat jumelée à une densification collaborative des lotissements existants, par l'implantation réfléchie et pertinente de nouveaux services et de nouveaux commerces.

Reynès

"Habiter participatif, c'est habiter malin" à Reynès

Torreilles et Montescot (2016-2018)

Ces deux communes à deux ans d’intervalles, repensent leur territoire à l’aune de la logique de l’habitat participatif. Une exigence commune, être à l’initiative du projet, s’appuyer sur un accompagnateur. Grâce à l’ouverture des projets vers l’environnement proche, à la mixité sociale au sein des constructions avec la participation d’organisme bailleur, ces projets engagent un renouveau dans les modes d’habiter en pays catalan, parce qu’habiter c’est plus que se loger.

Deux communes et un modèle d'habitat participatif

Côté évolutions plus récentes, j'ajouterais simplement deux points :

  • Mon adhésion en tant qu'urbaniste bénévole au Conseil de Développement Durable de Perpignan Méditerranée Métropole depuis le mois de novembre 2018. Initialement créé sur la base de la loi Voynet relative au Conseil de Développement et à la participation de la société civile aux projets de développements territoriaux, sous le nom de Conseil de Suivi et d'Evaluation, il a été renouvelé conformément à la loi NOTRe, le 22 septembre 2015 par notre Métropole sous le nom de Conseil de Développement Durable. Ce dernier est présidé par Henri Got, professeur honoraire de géologie. Pour ma part, je fais partie du collège des "experts".
  • Depuis juillet 2018, je fais partie d'une équipe pluridisciplinaire sur une commune (Montescot, 66) pour envisager de travailler avec les habitants. Notre objectif commun est de programmer à court, moyen et long termes un espace de nature qui servirait également de bassin de rétention des eaux de ruissellement (à l'échelle de la commune). J'ai à ce jour conduit et accompagné une réunion de lancement/concertation et deux ateliers participatifs avec les élus, les habitants. C'est une mission en cours, non encore aboutie. Nous devons réunir les résidents plusieurs fois en ateliers et réunions de restitution.

Facilitation graphique à Montescot synthese ateliers

Synthèse des Ateliers de Montescot, en mode "scribing"

Depuis sa création en septembre 2017, Le Facteur Urbain a accompagné plusieurs projets : 

Tout d'abord, l'atelier citoyen « Les Horizons à l’horizon » a réuni un groupe de 15 citoyen.ne.s rennais.e.s entre 20 et 35 ans en octobre 2017. Ce projet a permis d'imaginer un projet urbain pour l'esplanade des Horizons à Rennes, une dalle en plein centre de la ville grâce à des outils sensibles (métaphores visuelles, cartes sensibles, balade urbaine, construction spatiale sous forme de maquette...).

Les horizons a l'horizon 1

Les horizons a l'horizon 2

"Les Horizons à l'Horizon", conçu et animé par Le Facteur Urbain en octobre 2017

Depuis février 2018, Le Facteur Urbain intervient en accompagnement du bailleur social Neotoa dans le cadre de deux opérations de rénovation urbaine d'envergure, dans les quartiers rennais de Maurepas et du Blosne. Plusieurs ateliers ont réuni les habitant.e.s et leur bailleur, pour définir ensemble les travaux à venir sur les parties communes, les logements ainsi que les environs immédiats des immeubles. Le travail d'articulation avec les diagnostics techniques a commencé, en partenariat avec l'agence lorentaise Armoën, pour donner à la maîtrise d'ouvrage toute sa place dans la conception des programmes de travaux.

Alice Pfeiffer en mission pour NeotoaLe Facteur Urbain concerte pour Neotoa

L'avenir du quartier concerté avec ses habitants, pour le bailleur social Neotoa

Enfin, Le Facteur Urbain a accompagné, entre mai et décembre 2018, l'aménageur métropolitain Territoires et Développement dans la co-construction des espaces publics au coeur de l'écoquartier de La Courrouze (Rennes), en partenariat avec la coopérative culturelle Cuesta et le collectif d'artistes et de chercheurs Gongle. Les habitant.e.s ont été invité.e.s à réaliser des "défis" correspondant à de possibles usages futurs sur ce site, en se mettant en scène et se photographiant sur des thèmes liés au sport, à la culture, à la nature et à la détente. Les nombreuses photos réalisées sont désormais visibles dans le quartier, installées sur des dispositifs en bois conçus par le collectif Tempête. Ces photos viennent d'ores et déjà nourrir la réflexion des architectes et urbanistes du projet urbain, sous forme de préconisations (condition d'aménagement et aménagements en tant que tels), pour élargir le champ des possibles et imaginer un territoire mixte et ludique.

La Courrouze | Le Facteur UrbainMise en scène La Courrouze | mise en scène

Co-construction - et mise en scène - des espaces publics  à La Courrouze (Rennes)

Aujourd'hui, deux nouvelles missions commencent pour la ville de Lorient et la métropole brestoise... ainsi que des offres de formation, à découvrir très bientôt !

Aujourd'hui, Le Facteur urbain est donc identifié et a des "références", ce fameux graal... Je tiens toutefois à faire retour ici sur les débuts d'une activité de conseil indépendante. Ces débuts sont toujours délicats car une question demeure : quelles sont vos références ?? De références, il n'y a, initialement, que celles du porteur de projet, en l'occurence moi-même, avant de fonder Le Facteur urbain. Celles-ci, bien que nombreuses et fondamentales pour étayer le savoir-faire et la poursuite du Facteur urbain, sont malheureusement difficilement valorisables sur les marchés publics. Elles devraient pourtant l'être, et je tiens à le faire ici. En effet, lorsque l'on crée son "atelier atypique", on porte ce que l'on a réalisé jusque-là, et ce sont justement ces croisements, inspirations, réalisations qui nourrissent le point de vue et la posture portés.

Avant la création du Facteur urbain, donc, j'ai eu l'occasion de travailler sur des projets divers et très riches :

  • la co-réalisation d'un diagnostic territorial et foncier concerté et d'un projet de revitalisation urbaine et commerciale sur la ZAE Courtaboeuf, Île-de-France, pour l'Etablissement Public Foncier de la Région (2015-2016)
  • la co-conception et co-réalisation de projets de court, moyen et long termes d'information et de sensibilisation pour Amnesty International Chili (2012-2015)
  • la transposition et coordination des politiques locales du logement social au sein du service Habitat de Rennes Métropole (transposition des lois ALUR et Lamy, en cohérence avec la Conférence Intercommunale du Logement et le Programme Local de l'Habitat) (2016)

Le mot de la fin, l'élément que vous aimeriez transmettre par votre activité ?

L'élément à retenir de votre entretien. On vous laisse carte blanche.

Depuis 2012 et l’immersion dans l’environnement associatif dans le département des Pyrénées Orientales, j’ai pu acquérir la compréhension de l’écosystème et de ses enjeux ; en 2016, un groupement d’association autour du thème de la transition citoyenne m’a demandé un accompagnement pour la création d’un 1/3 lieu. Cet accompagnement n’a duré que quelques mois, sur les questions de la raison d’être du projet, des enjeux poursuivis, du lieu d’accueil ; actuellement l'idée suit son cours dans une audience plus large, avec la ville de Perpignan comme acteur. Ce petit projet a étendu mon approche.

Les Faizeux | Territoires Communs"Les Faizeux", illustration d'un projet concerté

Toujours en 2016, je fais la connaissance d’un groupe de « faizeux » de l’association « Bleu Blanc Zèbres » de l’écrivain Alexandre Jardin ; grâce à la dimension solidaire au coeur de leurs actions, j’entrevois la possibilité de créer des petits projets innovants sur les liens sociaux, l’environnement, l’économie relocalisée ; Depuis novembre 2017, avec l’appui d’Openloge.fr plateforme de mise en relation de particuliers, j’ai créé une conciergerie collaborative dans le village de Saint-Nazaire, lieu où j’habite. Grâce à une douzaine d’habitants, la conciergerie propose des services légèrement rémunérés dans les domaines du bricolage, jardinage, aide-ménagère, aide administrative…

Enfin par la relecture de Kevin LYNCH, je reprends à mon compte 15 ans après les travaux de l’APUR sur les arrondissements de PARIS, le rôle des sensations dans la représentation mentale et dans la construction des représentations des lieux d’habitats.

Le mot de la fin ? De s’accrocher, de croire en sa valeur ajoutée. La patience est une vertu dans l'entrepreneuriat.

L’élément qui m’a le plus étonnée – et ne cesse de me ravir – depuis la création du Facteur urbain, c'est la dimension écosystémique de mon activité. Je m’explique : lorsqu’on monte son atelier, on sollicite beaucoup de personnes-ressources, elles-mêmes entrepreneures ou connaisseuses des enjeux de l’entrepreneuriat, parfois dans son domaine, parfois non… puis, au fur et à mesure que se peaufine et se structure le projet, que ses contours sont plus clairs, on sollicite des personnes référentes dans son propre domaine, on découvre progressivement l’écosystème qui nous entoure.

Traditionnellement, on se représente les relations économiques quasi exclusivement sous l’angle de la concurrence ; or j’ai été agréablement surprise de découvrir que des potentiels concurrents sont avant tout des partenaires !!

Partisane du travail coopératif de longue date, j’ai la chance de pouvoir continuer à penser mes relations de travail de cette manière, tout environnement concurrentiel et libéral existant par ailleurs…

Force est de constater que nous avons du mal à faire avec les autres, à construire des projets de manière véritablement coopérative, et a fortiori à ouvrir les espaces décisionnels et de conception des projets (de tous types) à des acteurs dont la légitimité à opiner est questionnée.

La notion d’intérêt général en France est éclairante à ce sujet. « Argument massue des politiques pour s'octroyer une transcendance à bon compte »1, l’intérêt général à la française suppose que les élu.e.s disposent d’une entière légitimité pour prendre des décisions d’ordre public, en l’occurrence en termes d’aménagement et d’urbanisme.

D’ailleurs, « C'est en voyant comment [est mobilisée la formule de l'intérêt général] que nous comprendrons la manière dont la participation peut constituer en France une exigence théorique suivie de peu d'effets pratiques [...]. L’intérêt général constitue en France une sorte de substitut de la volonté générale chère à Rousseau. Que cette volonté générale soit introuvable et que toute consultation démocratique serve à le rappeler n’empêche que l’expression elle-même persiste étonnamment dans le vocabulaire politique républicain. Manière donc de dire la supériorité de la République sur la démocratie, de faire de tout représentant de la première une personne capable de dépasser, de transcender, les positions partisanes que suscite la seconde »2.

Au contraire, les habitant.e.s sont soupçonné.e.s d’être empreint.e.s de stigmates individuels, de leurs particularismes et leurs intérêts personnels, qui les rendent « incapables de se hisser à la hauteur de l’intérêt général »3.

Pourtant, les évolutions sociétales à l’œuvre viennent contrarier cette perception du rôle des pouvoirs publics et de la construction des politiques publiques – en particulier à l’échelle territoriale.

Le Facteur Urbain cristallise l'ensemble de mes engagements :

  1. accompagner la maîtrise d’ouvrage de manière pertinente et sécurisée, afin de définir une ingénierie de la concertation adaptée au projet et au contexte, et trouvant un écho mobilisateur et enrichissant ;
  2. potentialiser la maîtrise d’usage en construisant et stimulant le collectif, donnant à voir les envies et besoins individuels et collectifs, construisant un diagnostic partagé et une mise en récit de projet, aboutissant à un cahier des charges concerté et des déclinaisons opérationnelles réalistes et réalisables ;
  3. articuler et coordonner l’ensemble des acteurs, dans une logique de médiation de projet entre maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre et maîtrise d’usage, qui permet une gestion des conflits, un partage des enjeux et un projet finalement riche, légitime et inclusif.

1 BOULLIER D., "Choses du public et choses du politique : pour une anthropologie des inouïs", in CARREL M., NEVEU C., ION J. (dir.), Les intermittences de la démocratie. Formes d'action et visibilités citoyennes dans la ville, Ed. L'Harmattan, 2009, p.27.

2 DONZELOT J., EPSTEIN R., "Démocratie et participation : l'exemple de la rénovation urbaine", Esprit, n°326, 2006, p.21

3 CARREL M., "La citoyenneté plurielle. Appréhender les dispositifs participatifs dans leur environnement", in CARREL M., NEVEU C., ION J. (dir.), Les intermittences de la démocratie. Formes d'action et visibilités citoyennes dans la ville, Ed. L'Harmattan, 2009, p.93.


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