L'École d'Urbanisme de Paris : l'offre de formation en fusion

Axée sur la formation continue et la contribution de la recherche à la réflexion urbaine, l'École d'Urbanisme de Paris, coup d'éclat dans son appellation, espère faire évoluer le paysage des Universités et Instituts d'Urbanisme, mais pour le moment, sans véritable révolution.

 

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L'Ecole d'Urbanisme du Grand Paris ?

« EUP = IFU + IUP. » L'équation paraît simple. Inaugurée le 18 mars 2015 par la Ministre de l'Égalité des Territoires et du Logement en personne, l'École d'Urbanisme de Paris est pourtant née de plusieurs années de débats et de travail, pour consacrer l'avènement de la pratique d'enseignement des Instituts d'Urbanisme. Que retenir de la fusion de l'Institut d'Urbanisme de Paris (IUP) et de l'Institut Français d'Urbanisme (IFU) en un seul lieu ? Une simple fusion d'établissements d'enseignement de l'urbanisme existants, diront certains, dans une volonté globale de réduction des dépenses de l'Etat. « Une école d'urbanisme du Grand Paris », telle est la vocation de cette école, répond le Ministère. Appelée à participer aux grands débats et à la mobilisation concrète sur l'émergence du Grand Paris, en lien avec trois laboratoires de recherche associés*, l'École d'Urbanisme est implantée à proximité immédiate de la future gare du Grand Paris Express. Un symbole de renouveau pour la Cité Descartes à Marne-la-Vallée, en plein développement depuis 20 ans et appelée à devenir le pôle de la ville durable de sa région d'après les propres mots du SDRIF, dans un environnement urbain en plein développement. Une localisation ainsi propice au questionnement pour les « écoliers/ apprentis » urbanistes qui arpenteront ses couloirs, d'ailleurs déjà parcourus par plusieurs générations d'étudiants avant eux puisqu'il s'agit des locaux de l'Institut d'Urbanisme de Paris lui-même. On retiendra néanmoins, en guise de clin d'œil, que le Grand Paris, duquel elle est au cœur, n'a pas trouvé sa place dans le nom même de l'École d'Urbanisme de (du petit ?) Paris. Probablement par peur que le Grand Paris lui-même ne soit qu'un projet à effet d'annonce, ou dilué dans le temps, et même si elle annonce vouloir participer à sa (re)naissance.

 

 

Un projet d'école ambitieux qui emprunte aux Instituts d'Urbanisme

Retour sur les fondamentaux du projet d'enseignement, de recherche et d'accès à la professionnalisation de l'École d'Urbanisme de Paris. L'espoir de se démarquer y est probablement pour beaucoup dans la conception de la plaquette de présentation de l'EUP et de ses masters. Les éléments mis en avant ? « L'innovation pédagogique, l'intégration d'enseignants issus des milieux professionnels, l'insertion des étudiants dans ces milieux professionnels via des parcours de formation en alternance et la mise à disposition d'un parcours de master exclusivement destiné à la formation continue. » Tant de belles promesses et pourtant, tous ces éléments, tous ces acquis d'enseignement sont déjà proposés au sein des Instituts d'Urbanisme en France. A noter que l'aspect international est également abordé puisqu'« un parcours de master est spécifiquement dédié à l'expertise internationale en urbanisme ». La force de l'École d'Urbanisme de Paris, c'est bel et bien de combiner toutes ces formes d'enseignement de l'aménagement du territoire en un lieu unique.

Là, chapeau.

 

 

Lisibilité du parcours : à revoir

L'approche généraliste et pluridisciplinaire, élément central des programmes d'enseignement de la presque totalité des instituts et facultés d'urbanisme, est privilégiée au sein de l'École, probablement un hommage à la politique valorisée par l'Aperau**, instance de certification des formations... Accessible à partir du master, là encore comme la plupart des instituts d'urbanisme, la formation commence par une 1ère année de master commune, visant à donner aux étudiants - pardon, les élèves - « un socle commun de savoirs et savoir-faire en urbanisme et aménagement ». Jusque là, rien de très original, simplement un peu étonnant pour la 1ère « École » d'Urbanisme française qu'aucune spécialisation ni même troisième année de licence en urbanisme ne soit ouverte. On pourra penser que l'objectif de l'École est d'accueillir des licenciés d'horizons éclectiques, l'urbanisme ne constituant toujours qu'une spécialisation.

 

Un master unique mais huit spécialisations, appelées "parcours d'approfondissement", sont ouvertes aux étudiants. Ardu de s'y retrouver parmi les noms de ces spécialisations, dont plusieurs se ressemblent... On appréhende sans difficulté le pourquoi de spécialisations en environnement ou en transports urbains, ou l'existence de masters 2 en alternance. L'École d'Urbanisme laisse apparemment le choix à ses étudiants de se spécialiser comme bon leur semble, mais vue de l'extérieur, cette offre de formation paraît trop éclectique, diverse pour ne pas sembler opaque. On est en droit de se demander si la fusion des deux instituts d'urbanisme n'a pas amené un certain éclatement des spécialisations malgré un master unique sobrement intitulé "urbanisme et aménagement". L'éclatement des spécialisations, à la fois une chance pour les étudiants et un problème pour la lisibilité de l'offre de parcours.

 

 

* le Lab’urba, le LATTS et le LVMT tous membres du Labex Futurs Urbains

** APERAU : Association pour la Promotion de l'Enseignement et de la Recherche en Aménagement et Urbanisme

 

 

Pour en apprendre plus :

 

École d'Urbanisme de Paris : www.eup.fr

 

Territoires.gouv.fr, 18 mars 2015 : http://www.territoires.gouv.fr/sylvia-pinel-inaugure-l-ecole-d-urbanisme-de-paris-2375

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